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On est (déjà) lundi, mais s’il vous reste de la place ou s’il vous manque une petite idée pour Noël, vous pourrez glisser sous le sapin ce Baron samedi, le dernier et vingtième album de Bernard Lavilliers.

D’abord c’est un bel objet : si j’ai bien compris, c’est Pozzoli qui a habillé la photo de couverture et les pages intérieures de l’album de ces formes colorées en aplats de jaune, de rouge, de bleu, de noir, qui accompagnent les textes des chansons en tableaux abstraits, rythmé, puissants.

Ensuite, les dix chansons (plus la onzième en bonus) nous font retrouver les thèmes chers au coeur de Lavilliers. Voilà encore quelqu’un à qui on peut accoler sans problème le mot « humanité ». Humanité qu’il dépeint sans complaisance, de sa plume qui pique là où ça fait mal (Scorpion, sur des paroles du poète turc Nazim Hikmet). Humanité dont il scrute toutes les aspérités, toutes les espérances (Vivre encore), tous les drames (Baron samedi). Humanité dont il fait partie, indubitablement, puisqu’il s’adresse au scorpion en l’appelant « mon frère ».

« Baron Samedi est dans la tradition vaudou le patron des cimetières et de la renaissance, raconte le chanteur. Il est omniprésent dans cette île installée sur une faille, subissant les ouragans, la dictature, où vivent toutefois quantité d’artistes, de peintres, d’écrivains… C’est la réalité là-bas que j’ai cherché à comprendre. »

On retrouve sur ce CD des références multiples dont il joue avec force, avec ironie ou nostalgie : Nazim Hikmet déjà cité, Jack l’Eventreur (Jack), les artistes des années 30 (Villa Noailles).

La voix chaude assure toujours une belle présence (je trouve que cette voix reflète, s’accorde pleinement à l’authenticité du chanteur) : elle est à apprécier particulièrement dans le second CD « bonus » où Lavilliers dit la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, de Blaise Cendrars, autre référence poétique. Sur les chansons du premier CD, elle est accompagnée d’orchestrations soignées, auxquelles ont collaboré Romain Hureau (du groupe Eiffel) et le Quatuor Ebène, rien de moins.

Un magnifique vingtième album, à la hauteur de la personnalité et de la carrière de Bernard Lavilliers. Vous pouvez l’écouter sur le site d’Universal ici.

Un tout grand merci à Emilie Butel et aux éditions Barclays pour l’envoi de ce CD !

challenge Des notes et des mots 4

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