Présentation de l’éditeur :

Crée en 1911 par Pierre Souvestre et Marcel Allain, Fantômas est le premier héros délibérément négatif de l’ère moderne, séduisant le public par son absence de scrupules et son talent à faire du crime une figure de style. Mais si ce dandy du mal a marqué si durablement l’inconscient collectif de son empreinte, devenant au fil du temps la matrice d’une longue série de monstres romantiques, c’est moins pour ses crimes que pour la quête d’absolu et la dimension esthétique qu’il y insuffle.

En donnant sa version intime et décalée de Fantômas, Benoît Preteseille retourne aux sources du personnage et escamote sa philosophie pour la pervertir, transformant “le crime est un Art” en “l’Art est un crime”. Enrôlant dans cette aventure son panthéon artistique personnel, il met en place un jeu de références et de fausses pistespropre à tourner en dérision l’Art, ses conventions bourgeoises et leurs disciples médiatiques.

Sarcastique ou idéaliste, le Fantômas de Benoît Preteseille est le héros postmoderne par excellence, rassemblant tous ceux qui l’ont précédé, monstres ou monstres sacrés, et les détruisant d’un même geste négligent. En compagnie du lecteur, il contemple son oeuvre, anéantissement nihiliste dont les décombres disent mieux que les pamphlets l’état d’un monde peuplé de bien-pensants pas moins monstrueux que Lucifer.

Ce bouquin m’a été recommandé par un libraire passionné de la librairie Brüsel (spécialisée en… BD, vous l’aurez compris) à la Foire du livre de… Bruxelles. Le regard annoncé sur l’art contemporain et l’art en général m’attirait et je n’ai pas été déçue ! Certains diront encore que je lis de drôles de choses, mais je m’en fiche. L’important est déjà que je me sois surprise moi-même en lisant cet objet BD tout à fait original !

Benoît Preteseille s’amuse d’abord avec les codes du feuilleton et ceux des héros de livres et films d’horreur : non content de donner à son héros un nom presque pareil à Fantômas (Fantamas), il le met en scène dans des chapitres à l’en-tête « Art-déco » où Fantamas se déguise, s’habille, se parfume ou laisse place à sa rejetonne de Fantamette. Notre homme au naturel est aussi laid qu’un Frankenstein mais il se travestit en artiste, en critique d’art, en vieillard inoffensif… Sa mission et le dernier des crimes possibles pour lui : détruire l’Art.

Et voilà Fantamas devenant artiste gore (du grand n’importe quoi de sanglant élevé au panthéon des galeristes), concepteur du « Musée sans intérêt » (j’ai adoré ce chapitre), défenseur de l’art conceptuel, pourfendeur des idées reçues et niaiseries émises devant les oeuvres d’art.. Sa fille complétera le… tableau en devenant « star du death-trash-blood rock » !

A travers une mise en page aérée, variée, et des dessins en bleu blanc rouge, l’auteur ironise sur une certaine manière de porter l’art aux nues tout en utilisant les mêmes références : après tout, la production en série et l’objet de consommation n’ont-ils pas été le fond de commerce d’Andy Warhol ? L’accumulation, la quête des souvenirs les plus quotidiens ne sont-elles pas le leitmotiv de l’oeuvre d’un Boltanski ou d’un Arman ?

Au bout du compte, dans cette BD qui ne cherche certainement pas à produire « la belle image » et qui fait sourire ou frissonner, la critique devient sans doute admiration et sens de la citation.

A noter aussi que l’objet livre est de qualité : couverture à rabats, illustrations dans les pages de couverture intérieures, beau papier qui crisse, humour des mentions légales de fin… Affaire à suivre.

Benoît PRETESEILLE, L’art et le sang, Cornelius, 2010

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