Mots-clefs

,

Ah! les vains regrets de ma terre,
M’ont révélé tous leurs secrets !
Je suis, en tout lieu, solitaire,
Peu m’importe où je dois errer…

Portant mon sac, je rentre encore
Du marché le long des bâtisses,
Vers une maison qui m’ignore
Comme une caserne, un hospice…

Mais peu m’importe de connaître,
Pauvre lionne hérissée,
Tous les milieux d’où je vais être
Infailliblement évincée.

N’étant plus de ma langue éprise,
Et sourde à son appel lacté,
Ne pouvant plus être comprise,
Je vois des mots la vanité.

Ma voix montant du fond des âges,
Tu ne liras pas mes feuillets,
Lecteur de pages et de pages,
Lecteur de tonnes de papier !

L’arbre qui, seul, pousse à l’écart
Ne rejoindra l’allée jamais,
Et rien ne peut plus m’émouvoir
De ce que j’ai le plus aimé.

Marina TSETAEVA, in Anthologie de la poésie russe, NRF/Gallimard, 1993

Clin d’oeil à la semaine russe de Marilyne. Cette semaine, il y aura ici quelques haltes en (rapport avec la) Russie mais aussi un beau détour par l’Italie…

Publicités