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Présentation de l’éditeur :

101, rue Condorcet, Clamart est l’adresse où vécut Marina Tsvetaeva, la grande poétesse russe, son mari Serguei et leurs deux enfants, Alia et Mour, dans leur exil en France, après la révolution russe. Simon-Pierre Hamelin qui habita ce deux pièces-cuisine un demi-siècle plus tard, découvrit par hasard que le logement de son enfance avait abrité un des plus grands écrivains du XXe siècle. La fiction qu’il en tire, dans ce petit livre vibrant et tout en retenue, est poignante. Il y met en scène une descente d’huissier dans la famille Efron (nom du mari) et, par ce biais, nous décrit la misère, la panique, le rêve du retour en Russie, les grands cahiers bleus sur lesquels Marina écrit ses poèmes : 
« Éparpillés dans les librairies, gris de poussière, 
Ni lus, ni cherchés, ni ouverts, ni vendus, 
Mes poèmes seront dégustés comme les vins les plus rares 
Quand ils seront vieux. »

Lors de ma dernière virée chez Tropismes, mon oeil a été attiré dans la vitrine par ce petit livre entouré d’un bandeau rouge indiquant « Une saisie chez Marina Tsvetaeva ». Et comme dans le magasin, il y avait en plus le bandeau des libraires de Tropismes « Lire Élire », je n’ai pas hésité longtemps à craquer…

Inutile de répéter la quatrième de couverture de ce roman très court (94 pages à peine) qui fait entendre tour à tour les voix de Mour, le jeune fils de Marina Tsvetaeva, de Sergueï, son mari, d’Alia sa fille, du clerc venu leur signifier la saisie et bien sûr de la poétesse elle-même. Le récit se situe en 1931, aux heures les plus sobres de l’exil en banlieue parisienne.

En quelques pages, Simon-Pierre Hamelin réussit à faire percevoir l’exil de ces Russes dont on ne sait pas vraiment s’ils sont tout à fait blancs ou rouges, la pauvreté qui n’est qu’une des douleurs de l’exil avec la nostalgie « des bouleaux et des bois de Taroussa », le mépris des Français de banlieue, de « ces petites gens-là », le rêve improbable du retour.

Mais surtout il dit la poésie de Marina Tsvetaeva, où « les rimes s’enroulent naturellement autour d’un tiret », la poésie, maîtresse exigeante qui emporte Marina loin du gourbi où elle vit presque recluse (en dehors des ménages qu’elle est contrainte de faire pour gagner un peu d’argent), loin des bras de son fils Mour, jaloux de ces grands cahiers bleus où elle écrit, et de sa fille Alia qui ne lui parle plus, et de son mari Sergueï qui s’essouffle à chercher un passeport pour rentrer dans cette « SSSR, fourrée de sifflantes, sans voyelles ni saveur. Et rien qu’à cette idée, je me sens étouffer. Peut-on seulement respirer de consonnes ? » (p. 37)

Et puis il y a la stérilité de ne pas être lue ni publiée. Au fond d’elle-même, Marina Tsvetaeva sait qu’elle sera toujours une exilée, même si elle retourne en Russie. On le sait, après que toute sa famille ait été séparée, déportée suite au retour en 1939, elle choisira le suicide en 1941. Ce désespoir, cette instabilité, ce sentiment de ne jamais être à la bonne place nourrissent le récit émouvant de Simon-Pierre Hamelin. J’ai aimé cet intérêt, cette passion pour une femme avec qui il a instauré une véritable intimité à des années de distance même s’il n’a qu’imaginé ses rêves et ses douleurs. Ce faisant il nous la rend proche. Terriblement humaine.

Puisque nous sommes dimanche, je ne vous citerai que quelques vers de Marina Tsvetaeva cités dans ce roman, mais que cela ne vous empêche pas de goûter à la belle écriture truffée d’images et d’échos poétiques de son auteur.

« Je sais tout ce qui fut, tout ce qui sera,

Je connais ce mystère sourd-muet

Que dans la langue menteuse et noire

Des humains – on appelle la vie. » (cité p. 77)

« Je sais tout ce qui fut, tout ce qui sera.

Je suis Marina, la changeante écume des flots. » (cité p. 87)

(Vers extraits de Marina Tsvetaeva, Les Nuits sans celui qu’on aime…, 1917. Traduction de E. Malleret et P. Léon.)

Simon-Pierre HAMELIN, 101, rue Condorcet Clamart, Editions de la Différence, 2013

C’est le dernier clin d’oeil à la semaine russe de Marilyne, qui nous propose aujourd’hui des vers d’Ivan Bounine.

Pour en savoir plus sur Marina Tsvetaeva, rendez-vous sur Wikmachin.

Et tant qu’à faire, je remplis une case de Petit bac 2013 et une contrainte chez Phil D.

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