Mots-clefs

, , ,

Présentation de l’éditeur :

Red Hook. L’ancien port de New York, l’ancien quartier des dockers. Une langue de terre tout au sud de Brooklyn, là où l’East River se jette dans la baie. L’horizon y est délimité par la ligne des gratte-ciel de Manhattan. C’est là que les jeunes aimeraient vivre, de l’autre côté des docks. Blancs ou Noirs, habitants du front de mer résidentiel ou des cités, les gens du quartier passent leurs soirées d’été à traîner dans les bars, écouter du rap, boire sans retenue et rêver d’aventure. Une nuit d’été, June et Val, deux adolescentes inséparables, décident de mettre leur canot pneumatique à l’eau sans imaginer que cette dangereuse expédition va changer leur destin et celui du quartier. 

Il ne faut guère en dire plus que la quatrième de couverture pour ne pas déparer le mystère qui court tout au long du roman sur le sort de June. Car des jeunes filles qui se sont aventurées sur l’East River un soir de canicule pour voir leur quartier « de l’autre côté », seule Val revient sur la rive, inconsciente ; June a disparu et on se demandera longtemps ce qui lui est arrivé.

Mais l’essentiel du roman d’Ivy Pochoda n’est pas là : l’intérêt majeur, c’est que l’auteur a fait du quartier de Red Hook un personnage à part entière. Un quartier situé tout au sud de Brooklyn, bien loin du pont de Brooklyn de la (superbe) couverture, l’ancien port de New York et l’ancien quartier des dockers donc, où la guerre des gangs et la violence sont à peinte éteintes et qui n’a pas encore retrouvé une identité attractive pour les touristes et autres artistes qui pourraient s’y promener ou s’y installer. Un quartier dont il n’est pas facile de s’évader, qui offre à l’intrigue un décor de huis clos géant (Ivy Pochoda y a elle-même longtemps vécu et la peinture qu’elle nous offre semble tout à fait authentique). Un huis clos parcouru lui-même de frontières plus ou moins visibles : entre les rues à habitations individuelles et les cours des cités, entre les différentes communautés qui cohabitent plus ou moins harmonieusement, d’une épicerie libanaise à un restaurant grec.

Ce décor de terrains vagues, de tôles froissées, de jetées désolées se pare de couleurs, d’odeurs et surtout de sons sous la plume évocatrice d’Ivy Pochoda. Les cours, les tours, les rues, les quais, les squats prennent vie devant nous et il s’en dégage indéniablement une vraie poésie, une poésie du quotidien, du laid, de l’abandonné.

Comment ne pas user la patience du lecteur dans cet univers ? En suivant un personnage différent à chaque chapitre. En construisant petit à petit une intrigue où le passé des personnages se dévoile par petites touches douloureuses, éclairant leurs dérives et leurs espoirs du présent. Si vous vous embarquez pour Red Hook, vous croiserez un épicier qui espère fédérer la communauté dans l’attente des bateaux de croisière, des femmes qui parlent aux fantômes, un prof de musique qui carbure à l’alcool et à la nostalgie, un tagueur étrangement sage, un jeune noir qui ne s’est jamais battu… et vous vous prendrez de tendresse pour leurs histoires tantôt cassées, tantôt si volontaires qu’on veut y croire avec eux.

Jusqu’à une fin qui m’a cueillie avec émotion, dans la beauté de sa forme et de son propos, un beau point final en forme d’ouverture. Comme dans un « opéra urbain », suivant la belle formule de Dennis Lehane. Et plus j’y pense, plus j’ai adoré ce roman !

« Il (Cree) comprend ce qui retient Gloria ici. Ce n’est pas ce qui existe aujourd’hui, mais ce qui il y avait avant – avant qu’on ne polisse, qu’on ne lessive l’histoire comme l’ancien bars de dockers . Alors qu’il traverse la rue pour quitter cette partie abandonnée du front de mer et rejoindre les cités, il prend conscience des différentes couches qui constituent Red Hook – les tours des cités construites par-dessus les maisons à charpentes de bois, les trottoirs de béton coulés sur les pavés, les lofts qui remplacent les usines, les magasins qui envahissent les entrepôts. Les bars modernes qui phagocytent les anciens rades. Les squelettes des bâtiments oubliés – la raffinerie de sucre et la cale sèche – qui survivent au milieu des nouveaux blocs de béton censés proposer des cadres de vie luxueux. Les vivants qui marchent sur les morts – le front de mer inanimé, ls anciens gangs démembrés, la guerre des drogues éteinte -, tout est encore là. Un quartier de fantômes. L’endroit n’est pas si mal après tout, pense Cree, si on regarde sous la surface, justement là où vit Gloria. » (p. 197)

Ivy POCHODA, L’autre côté des docks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adélaïde Pralon, Editions Liana Levi, 2013

L’avis de Kathel qui renvoie à d’autres liens

Et ça y est, nous y voilà dans l’état de New York ! (et dans un bâtiment construit et avec un titre GN + GN)

50 états, 50 billets   Logo Rentrée littéraire 2013

Petit Bac 2014    

 

Publicités