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Présentation de l’éditeur :

« Petite Boîte d’Os » est la fille du pasteur d’une communauté vivant sur les bords d’un lac nordique. Elle grandit dans les senteurs d’algues et d’herbe séchée, et devient une adolescente romantique aux côtés de son amie Blanche. Elle découvre l’amour avec le vieux Joseph, revenu au pays après le « Déluge », enveloppé d’une légende troublante qui le fait passer pour cannibale. 
Dans ce monde à la beauté trompeuse, se profile le spectre d’un passé enfui où vivaient des oiseaux, une espèce aujourd’hui disparue. Le lac, d’apparence si paisible, est le domaine où nagent les cochons fluorescents, et au fond duquel repose une forêt de cercueils, dernière demeure des habitants du village. 
Une histoire d’amour fou aussi poignante qu’envoûtante, un roman écrit comme un conte, terriblement actuel, qui voit la fin d’un monde, puisque l’eau monte inexorablement et que la mort rôde autour du lac…

J’ai lu ce livre pour terminer une ligne de mon Petit Bac 2013, qui se termine aujourd’hui, avec un roman pas épais (je l’avoue !…) et bien sûr parce que j’en ai beaucoup entendu parler dès sa sortie, il a eu son petit succès parmi les blogueurs.

Mes sentiments sont partagés : au début, il faut entrer dans ce monde post-apocalyptique, dans ce village au bord d’un lac dont les eaux montent inexorablement, ses cochons fluorescents amphibies et auto-régénérants à vie… La vie au village a ce côté surréaliste mais semble aussi redevenue primitive : les pulsions sexuelles de l’adolescence se vivent à l’air libre et sans aucun souci moral, un homme gravement handicapé retourne à une vie de bête sauvage, entouré de ses chiens à moitié fous.

Et il y a Petite Boîte d’Os, l’héroïne et narratrice, sa famille (presque) normale, sa jeunesse romantique, le foyer qu’elle crée à son tour avec le vieux Joseph et l’histoire d’amour, longue et émouvante, qu’elle vit avec lui.

Ce sont ces deux aspects de ce roman très court (106 pages très aérées) qui ont provoqué des sentiments partagés : autant l’amour qui unit Petite Boîte d’Os et Jeff est touchante, autant le monde dans lequel ils vivent, les questions qu’il provoque et le genre littéraire choisi par l’auteur m’ont laissée perplexe. J’ai vraiment un peu de mal avec les cochons fluorescents et surnuméraires, mais ce ressenti n’intéressera personne, par contre les thèmes de l’environnement, de l’écologie, de la montée des eaux, des mutations et manipulations génétiques sont effleurés, jamais expliqués et la description de ce monde sous forme de conte merveilleux m’a laissée sur ma faim…

Cela dit, comme c’est l’histoire d’amour et la fin de vie de Petite Boîte d’Os qui est surtout présente das les dernières pages, je ne sors pas de cette lecture avec un avis complètement négatif, d’autant que l’écriture de Karin Serres est belle, poétique, sensible, épurée, comme j’aime. Mais je n’aime pas beaucoup ce traitement du thème post-apocalyptique, j’ai eu du mal à lâcher prise pour me laisser porter par le genre « merveilleux » et – je sais que je vais briser le coeur de certain(e)s blogueurs – je crains que ce livre ne laisse guère de trace dans ma mémoire de lectrice…

« Aller voir sous la peau du lac. Briser la vitre en cas d’urgence. Fracasser le miroir qui reflète notre village sur roulettes, paisible, charmant, ravissant, et moi debout au bord de l’eau plate qui continue de monter en reflétant mon visage paisible, charmant, ravissant. Petite Boîte d’Os la Destructrice, on devrait m’appeler. Ou bien Ravage. Je ne les supporte plus, tous, leurs vies, nos vies ordonnées, régulières et policées. Je déteste notre joli village aux jolies maisons multicolores, bien droites et propres au-dessus de leur joli reflet. Je hais les jours qui se succèdent, toujours les mêmes. L temps passe, je grandis, mon destin se dessine au-dessus de l’eau plate, planche après planche, pas après pas : mariage, enfants, promenade, vaisselle… et je n’en veux pas. » (p. 31-32)

Karin SERRES, Monde sans oiseaux, Stock, 2013

Les avis de AifelleCunéJérômeMaryline, NouketteYs et Kathel

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