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Quatrième de couverture :

En 1918, l’armistice est signé, mais les trains continuent à ramener du front des hommes meurtris. L’un d’eux, soldat anonyme au visage émacié, semble ne pas vouloir se réveiller. Est-ce l’étrange beauté de ce corps muet qui éveille les sentiments de Claire? Ou sa détermination à soulager les souffrances ? De confessions timides en aveux fervents, la jeune infirmière et l’inconnu se découvrent…

Ca y est, voilà enfin une lecture en lien avec le thème de la Première guerre mondiale ! Grâce à Evalire qui a pensé que ce roman m’intéresserait, me plairait et l’a fait voyager jusqu’en Belgique. Merciii !

Vous me direz que je commence par la fin… puisque le roman commence le 4 décembre 1918, sur les talons de Claire, comme toujours un peu en retard pour commencer son travail à l’hôpital d’Annecy : les soldats blessés de la région arrivent chaque jour nombreux, il faut les accueillir, repérer leurs besoins, leur fournir un bain, des vêtements propres, des soins, les rendre à leurs familles qui retrouvent un être abîmé, cassé, presque un inconnu. Certains ont été tellement traumatisés par les combats qu’ils nécessitent des soins psychiatriques. C’est dans ce domaine que Claire, infirmière et aussi jeune novice, s’emploie avec compétence auprès du professeur Tournier, médecin aliéniste.

Parmi les blessés qui arrivent ce jour-là, un homme d’une saleté repoussante, indemne physiquement mais complètement replié sur lui-même. Grâce à la technique de massages progressifs mise au point par Claire, à l’hydrothérapie, à l’hypnose, Tournier et la jeune femme vont tout faire pour réveiller ce corps, le ramener parmi les vivants. Sans qu’ils s’en rendent compte, les souvenirs du soldat (et pas seulement ceux de la guerre) remontent doucement à la surface…

Si la guerre est officiellement terminée, elle n’en finit pas de relâcher son flot de blessés, de morts, de disparus que l’on peine à retrouver. Les civils retrouvent leurs soldat rescapés sans comprendre l’état de détresse dans lequel ils peuvent se retrouver sans pouvoir parler des horreurs vécues. Des héros qui sentent qu’ils ne peuvent témoigner, l’épidémie de grippe qui se répand, des familles désemparées et un soldat cataleptique dont les souvenirs se raniment : il y a beaucoup de silence et de souffrances dans ce beau premier roman. Beaucoup de sensibilité, de compassion aussi à travers l’attention et les soins compétents du vieux professeur Tournier, de son assistant Nicolas Varenne et de la jeune « soeur Claire » qui tente de supporter ce poids de souffrance grâce à l’humour. On pourrait croire que sa foi peut lui être d’un grand secours, mais l’arrivée de ce beau soldat endormi ouvre chez elle un gouffre de questions, un retour sur elle-même et sur l’authenticité de sa vocation.

Ce qui est également passionnant sous la plume fluide de Virginie Ollagnier, ce sont les méthodes et les progrès de la médecine psychiatrique. L’auteur s’est en effet bien documentée sur les travaux de Paul Voivenel, un aliéniste qui a longuement observé des soldats complètement déboussolés par la guerre. Elle met en scène ses recherches en la personne du docteur Tournier et invite même à Annecy un psychiatre qui a vraiment existé, Pierre Janet, à qui on doit l’invention du terme « subconscient ».

Je suis donc très contente d’avoir à la fois commencé le cycle de mes lectures consacrées à la guerre 14-18 et d’avoir découvert la plume généreuse et pleine de finesse de Virginie Ollagnier !

Virginie OLLAGNIER, Toutes ces vies qu’on abandonne, Liana Levi, 2007 et Points, 2008

Poppy ThiepvalMémoire 14-18

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