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Quatrième de couverture :

L’homme qui venait de franchir la frontière, ce 23 juillet 1873, était un homme mort et la police n’en savait rien. Mort aux menaces, aux chantages, aux manigances. Un homme mort qui allait faire l’amour avant huit jours.
En exil en Suisse, Gustave Courbet s’est adonné aux plus grands plaisirs de sa vie : il a peint, il a fait la noce, il s’est baigné dans les rivières et dans les lacs. On s’émerveille de la liberté de ce corps dont le sillage dénoue les ruelles du bourg, de ce gros ventre qui ouvre lentement les eaux, les vallons, les bois.
Quand il peignait, Courbet plongeait son visage dans la nature, les yeux, les lèvres, le nez, les deux mains, au risque de s’égarer, au risque surtout d’être ébloui, soulevé, délivré de lui-même.
De quel secret rayonnent les années à La Tour-de-Peilz, sur le bord du Léman, ces quatre années que les spécialistes expédient d’ordinaire en deux phrases sévères : Courbet ne peint plus rien de bon et se tue à force de boire ?
Ce secret, éprouvé au feu de la Commune de Paris, c’est la joie contagieuse de l’homme qui se gouverne lui-même.

C’et le billet de Marilyne qui a éveillé mon attention sur ce roman, je n’ai donc pas hésité à l’emporter avec moi quand je l’ai trouvé à la bibliothèque !

Il me faut avouer que je ne connaissais pas grand-chose à la vie et à l’oeuvre de Gustave Courbet mais ce n’est pas bien grave, je pense, puisque l’auteur explique lui-même (sur le site de l’éditeur) qu’on a résumé en deux coups de cuiller à pot les quatre dernières années de sa vie, en exil en Suisse, en disant qu’il n’a plus rien peint de bon et qu’il s’et noyé dans le vin blanc.

David Bosc s’attache au contraire à peindre ces années à petites touches, comme une sorte de kaléidoscope qui révèle la richesse de la personnalité de Courbet. L’artiste ne se contente pas d’entretenir plus ou moins bien sa réputation de peintre : l’homme est aussi un géant qui se fond dans la nature (ou la Nature qu’il a explorée dans ses tableaux) à travers son goût des baignades dans les rivières, le lac Léman, à travers ses promenades suisses. Un homme qui marche, dès le début du roman, comme le poète Arthur Rimbaud. Un homme attaché à sa famille, à travers la figure à son père qui lui rend régulièrement visite en Suisse, dans les souvenirs d’Ornans, la petite ville de Franche-Comté où il est né. Un homme qui a « le goût des autres », qui aime rencontrer les gens de La-Tour-de-Peilz (son port d’exil), organiser pour eux des rencontres, des visites de son musée personnel (essentiellement constitué de copies plus ou moins réussies), chanter avec eux à la fin des repas, marcher dans la montagne.

Et puis surtout, malgré la douleur de l’exil et les ennuis judiciaires et financiers liés à la destruction de la colonne Vendôme, Courbet ne dévie pas un instant de sa conception de la liberté, qui est la possibilité et la responsabilité pour l’être humain de se gouverner lui-même. Une idée qui ne le quittera jamais et lui donne une grande bienveillance envers tout homme, toute femme. Une idée qui le libère de la peur, au contraire de Baudelaire, un autre poète dont il est aussi souvent question dans ce livre.

Par sa construction à touches progressives, par son écriture visuelle, colorée et précise à la fois (comme je l’ai savouré, ce style), David Bosc dresse le portrait d’un homme attachant, dont j’ai eu envie de mieux connaître l’univers. Pari de lecture réussi, donc, et belle découverte que je vous recommande.

« Le dimanche 29 mars 1874, Courbet se tient sur la scène d’un théâtre de Genève. Il chante. Il est membre de la chorale de Vevey et il chante sur la scène en s’appliquant. Avec son coffre et sa bedaine, avec sa barbe de sapeur, on l’aurait attendu, on l’aurait cherché au pupitre des basses, or il avait une voix de tête, c’est-à-dire qu’il chantait dans les aigus. Il est donc à cet endroit du choeur où sont ensemble les hommes et les femmes. Partout où il a vécu, même très peu de temps, Courbet s’est mêlé aux sociétés les plus diverses. Il participait. Il s’inscrivait dans les jours de ses semblables en faisant les mêmes choses qu’eux. Il se prêtait aux farces et aux calembredaines, il battait la mesure et fredonnait s’il ne connaissait pas les paroles. » (p. 31)

« Et le paradis de Courbet, c’était peut-être au coeur de la forêt, dans le maelström de la sauvagerie, un grand corps fait de fleurs. En Saintonge, au début des années soixante, il avait peint une jonchée de fleurs étendue sur un banc. Au pied d’un arbre vigoureux, dont les branches s’arc-boutent pour arrêter la catastrophe d’un crépuscule du soir, faisant comme une grille sur la férocité de nuages sanglants. Contre le ciel taché de brun, de vert, au pied d’un arbre noueux, c’était un corps alangui de fleurs suaves, dont une au milieu devenait blanche à la douleur. Des fleurs qui n’en finissent pas de s’ouvrir sous la rosée tranquille. Et ur le corps fragile et sauvage d’un printemps de fille, l’arbre – un peuplier tremble, probablement – dépose le rehaut sombre d’une autre mesure du temps, de cela qui dure tandis que nous mourons. » (p. 51)

David BOSC, La claire fontaine, Verdier, 2013

Un aperçu de la vie et de l’oeuvre de Courbet sur le site du Muée d’Orsay

Sur le site de l’éditeur, David Bosc parle de son roman.

Et Jérôme a lui aussi un avis très positif !

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