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Quatrième de couverture :

« Chaque semaine, je jouerai un morceau de « Claude Debussy ». Ce sera ma façon de fleurir sa mémoire, de le démourir. Je retracerai sa vie pas à pas, note à note. »

Printemps 1918, Claude-Emma Debussy, affectueusement appelée Chouchou, se confie à son journal intime. Portant un regard tendre sur le monde, elle y restitue son quotidien, à une époque marquée par la guerre. En hommage à son père disparu, elle écrit avec poésie et candeur la musique de sa vie. Comme dans l’oeuvre de Debussy, la mélancolie se transmue en pure joie sous la plume de cette enfant prodige. 

Journal imaginaire, La Fille de Debussy nous entraîne dans l’univers romantique d’une jeune fille pas comme les autres, qui fut la joie d’un compositeur de génie.

Il y a quelques semaines, j’ai été contactée directement par Damien Luce, l’auteur de ce livre, dans un mail charmant et passionné (et aussi, je crois, un peu personnalisé, ce qui ne gâte rien) où il m’expliquait le projet de ce son roman en lien avec le spectacle qu’il joue au Théâtre des Variétés à Paris, Monsieur Debussy. Damien Luce y joue le rôle du compositeur face à quatre jeunes actrices qui jouent à tour de rôle Chouchou, la fille unique de Claude Debussy, pour qui il composa plusieurs pièces de piano (dont le fameux Children’s Corner). Toute la pièce est basée sur la vraie correspondance du compositeur, qui reçoit ses amis et connaissances et leur parle, explique Damien, « de sa musique, de la guerre, de sa maladie, de sa fille, tout en leur jouant ses compositions au piano ». C’est l’occasion pour l’auteur de la pièce de concilier théâtre et musique puisqu’il est à la fois pianiste, compositeur, auteur, dramaturge et acteur.

Qu’en et-il du roman, du journal imaginaire de Chouchou créé ici ? Eh bien il m’a procuré plusieurs niveaux et plaisirs de lecture : d’abord l’occasion de mieux connaître l’oeuvre pour le piano de Debussy, dont un catalogue nous est judicieusement proposé en fin d’ouvrage. J’en connaissais des titres, des bribes, et le projet « raisonné » de Chouchou de déchiffrer (son grand plaisir) et de jouer toutes les pièces dans l’ordre chronologique m’a éclairée sur cette oeuvre assez impressionnante. Et Chouchou donne son avis, explique un peu le point de vue du musicien, les circonstances de composition.

Bien sûr, si Chcouchou se met à jouer avec ténacité toutes ces oeuvres, ce n’est pas par défi, c’est une manière de faire revivre son père trop tôt disparu (il a vécu de 1862 à 1918 et elle a douze ans au moment de sa mort), une façon de « faire son deuil » comme on dit. Isolée dans son chagrin, devant une mère enfermée dans sa propre peine et qui ne prend pas le temps de parler avec sa fille, Chouchou est aussi empêtrée dans les débuts de l’adolescence, les changements du corps, les émotions qui vous envahissent et vous malmènent : les larmes qui coulent en dedans, la cruauté de l’absence paternelle, la mélancolie héritée de son père, l’amitié avec Marius, son copain de vacances et les délicieuses lettres qu’ils s’échangent et qui font naître les premiers émois amoureux… Autant de situations et de sentiments que Damien Luce imagine avec vraisemblance et infiniment de bonheur : il s’est glissé dans la tête et le coeur d’une fille de douze ans d’une façon très touchante.

Le regard que porte Chouchou sur le monde, sur la guerre qui s’achève enfin, sur les transformations qu’elle vit parfois malgré elle, sur la musique et ceux qui gravitaient autour de Claude Debussy, est très rafraîchissant (délicieuse, la visite de condoléances de Maurice Ravel chez les Debussy), une fraîcheur que j’imagine sans peine être une des qualités de Damien Luce lui-même. On devine dans son roman une grande connaissance de l’oeuvre de Debussy, une expérience personnelle du jeu des pièces pour piano, un désir de les faire connaître, et il réussit à le faire sans aucune lourdeur de volonté didactique mais avec de l’humour et de la tendresse, un goût des images poétiques, comme celles que la musique de Debussy suggère.

Chouchou est morte de la diphtérie à l’âge de treize ans, seize mois après son père. Celle à qui ses parents n’avaient su donner que leurs deux prénoms accolés, Claude-Emma, et dont le nom n’a pas été gravé sur leur tombe revit sous la plume juste et sensible de Damien Luce : si vous aimez la musique française de la Belle Epoque et le piano, lisez ce roman, rejoignez Chouchou et son chien Xantho dans un voyage plein de fraîcheur et de fantaisie.

« Dans Jardins sous la pluie, on entend Dodo l’enfant do et Nous n’irons plus au bois. Pourtant, quand il pleut, dormir est bien la dernière chose à faire. Et je ne connais rien de mieux que de marcher sous le parapluie des forêts. » (p. 67)

Damien LUCE, La Fille de Debussy, Editions Héloïse d’Ormesson, 2014

Un très grand merci à Damien Luce et aux éditions Héloïse d’Ormesson !

Pour avoir un aperçu du spectacle Monsieur Debussy, c’est par ici.

Le livre sort ce 13 mars, un jeudi, je vous propose donc juste après une note de musique consacrée à Debussy. Le hasard a voulu que j’assiste lundi dernier à un concert de l’Orchestre national de Lille où Jean-Claude Casadesus et des musiciens très en forme nous ont proposé avec Henri Demarquette le Concerto pour violoncelle de Lalo et ensuite Prélude à l’après-midi d’un faune et La Mer, trois esquisses symphoniques, de… Claude Debussy !

Petit Bac 2014   challenge Des notes et des mots 4

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