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Présentation de l’éditeur :

Un vieil homme hagard, entouré de sacs remplis de vêtements, est abandonné dans un self-service sur les Champs-Élysées. « Ne les laissez pas me tuer », c’est tout ce qu’il sait dire.
Pripiat, ville fantôme, à trois kilomètres de la centrale de Tchernobyl : dans les rues désertes, entre la grande roue neuve et les autos tamponneuses abandonnées, pas âme qui vive. Sauf les samosiol, ceux qui sont revenus dans la zone interdite. Laurenti Bakhtiarov chante Demis Roussos devant la salle vide du ciné-théâtre Prometheus, deux Américains givrés testent les effets de la radioactivité sur leur corps… Au cœur d’une apocalypse permanente, Vassia, l’homme à vélo, croit encore à la possibilité d’une communauté humaine.

Ce roman magistral est librement inspiré de la vie de Vassili Nesterenko, physicien spécialiste du nucléaire, devenu l’homme à abattre pour le KGB pour avoir tenté de contrer la désinformation systématique autour de Tchernobyl.
Des paysages hallucinés aux aberrations du système soviétique, Sebastián signe un texte d’une force rare, à la fois glaçant et étrangement beau, hymne à la résistance dans un monde dévasté.

Je n’entrerai pas ici dans la petite polémique que j’ai cru deviner autour de ce livre « librement inspiré de la vie de Vassili Nesterenko » comme le précise l’éditeur : comme toujours dans ces cas-là (de roman inspiré de la vraie vie de vraies ersonnes dans un vai épisode de l’histoire), je lis le livre comme un roman, mais j’y apprends aussi plein de choses et si je prends ce que le roman raconte pour argent comptant, eh bien… c’est que je suis une grande naïve qui se laisse mener par le bout du nez pourvu qu’on lui raconte une bonne histoire… et/ou bien que le romancier est bigrement doué et intelligent pour nous livrer une vérité romanesque qui a toute sa cohérence et toute sa raison d’être. Et c’est cette version que je retiendrai, une fois de plus.

De Vassili Nesterenko, je ne connaissais même pas le nom… Tchernobyl, oui, bien sûr, qui ne connaît ce lieu… Je me souviens des reportages d’Envoyé spécial, qui relataient le déroulement des faits, l’évacuation tardive des habitants de la région de Pripiat, à proximité de la centrale, qui montraient ces visages d’enfants et d’adultes fatigués, affaiblis, rongés par la radioactivité.

Ces images, ces démonstrations de l’irresponsabilité, de la folie soviétique pour sauver les apparences, ces gens, ces « héros soviétiques » qui ont payé de leur vie l’arrêt de la centrale de Tchernobyl, on les retrouve dans e roman de Javier Sebastian. J’avais la boule au ventre en lisant les souffrances de ces enfants examinés par Nesterenko qui n’a qu’un peu de Pectine et quelques paroles, quelques recommandations sommaires pour les soutenir.

Mais le romancier soutient un projet plus vaste : non seulement évoquer la catastrophe et l’action d’un célèbre physicien nucléaire mais aussi parler de ceux qui ont osé, pour diverses raisons (pas seulement l’inconscience collective organisée par le gouvernement), revenir à Pripiat et y vivre plus ou moins clandestinement. Javier Sebastian le fait dans un roman à la narration éclatée, entre Paris et l’Espagne, où vit le narrateur qui a recueilli Nesterenko, et l‘Ukraine (tiens, tiens, toujours d’actualité), les villages qu’il sillonne pour mesurer les effets de la radioactivité et Pripiat, ville fantôme peuplée d’habitants qui symbolisent l’audace, la folie assumée, l’attachement à la terre et aux traditions, l’astuce, l’esprit de résistance.

Je n’ai pu m’empêcher de penser un peu au roman de James Canon, Dans la ville des veuves intrépides, où des femmes recréent à partir de rien ou presque une vie, une organisation, un ordre social dans un village sans homme, dévasté par la guerre civile. Ici, à Pripiat, il s’agit d’une autre guerre, et l’avenir de ces pittoresques personnages qui ont osé s’y refaire une vie est absurde, plus qu’improbable. Mais ils vivent, oui, ils vivent là-bas. 

Dans une langue qui claque ses quatre vérités et sait aussi tourner au lyrisme,  Javier Sebastian relate leur vie, leur étrange ténacité, et celle de Vassia Nesterenko, la douce folie qui s’empare du vieil homme. L’Espagnol a su rendre hommage à ces oubliés, à ces damnés russes, avec une maîtrise impressionnante.

Javier SEBASTIAN, Le cycliste de Tchernobyl, traduit de l’espagnol par François Gaudry, Métailié, 2013

Un tout grand merci à Marilyne pour le prêt de ce roman et pour sa patience indéfectible !

Martine et Jérôme l’ont aussi lu et apprécié.

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