Mots-clefs

, , ,

Quatrième de couverture :

Dans la veine des films de James Gray ou des romans de Dennis Lehane, Rédemption marque les formidables débuts d’un jeune auteur canadien. Matt Lennox explore dans ce roman d’une beauté sombre et puissante les secrets d’une petite ville enfermée dans ses préjugés.

Après dix-sept années passées dans une prison de haute sécurité, Leland King revient dans sa ville natale de l’Ontario, où sa mère est en train de mourir. Quel crime a-t-il commis pour avoir été aussi longtemps privé de liberté ?

Pete, son neveu, né pendant sa détention, l’ignore et ne s’en soucie guère. Mais, dans ce patelin où l’on ne vénère que Dieu et la loi, il est bien le seul : personne n’a vraiment pardonné à Leland son passé criminel. Surtout pas Stan Maitland, un flic à la retraite, qui ne peut s’empêcher de voir un lien entre le retour du « hors-la-loi » et la récente découverte du cadavre d’une jeune femme dans une voiture abandonnée… Il faudra bien, un jour ou l’autre, que Pete affronte la terrible vérité.

Dans les premiers romans nord-américains que j’ai lus récemment, celui de Matt Lennox comptera et je suivrai cet auteur, c’est certain ! Encore une bonne publication de la collection « Terres d’Amérique » d’Albin Michel !

Cela se passe en 1980 et on entre de plain pied dans l’action, avec le retour de Leland (Lee) King en ville, en phrases assez courtes, sèches, sans fioritures (j’ai craint le pire dans les premières pages, je l’avoue). Et très vite, avec son installation dans un studio très simpe, sa première visite à sa famille, sa soeur, son beau-frère pasteur qui l’a aidé à « se réinsérer », ses neveux, dont Pete, dix-huit ans, lors de ses premiers jours de travail sur le chantier de Clifton, on sent le malaise : la force des non-dits, des silences, le poids des regards, l’imprégnation d’une religion fondamentaliste dans la mentalité de cette petite ville canadienne. En face, il y a les policiers, le shérif actuel, sa séduisante fille aînée et son beau-père, Stan Maitand, un policier à la retraite, dont la mémoire des criminels qu’il a arrêtés n’est pas du tout enfouie…

Matt Lennox suit chacun de ces personnages, de manière assez minutieuse, sans détour mais sans parti-pris non plus, et on dirait presque que sa plume suit leur histoire, qu’il l’accompagne, plus qu’il ne mène ses personnages par le bout du nez. Car dans ce désir de réinsertion sociale et professionnelle de Lee, il y a aussi une sorte d’attente désespérée que les choses et le regard des autres changent, et cela semble relativement bien se passer jusqu’à une certaine rencontre et un sale accident. Et les choses s’enchaînent et on assiste, impuissant, à la montée de la violence, la boule dans la gorge…

C’est une des questions qui traversent le roman de Matt Lennox : peut-on se racheter de ses crimes, peut-on renouer avec le passé sans dommage, comment les générations descendantes portent-elles le poids de notre propre culpabilité ? Des thématiques qui se mêlent à une belle étude de moeurs des familles en présence. L’auteur ne passe pas son temps à chercher des explications psychologiques, il nous présente les faits, dresse les portraits à travers l’enchaînement des actes et les dialogues, et peu à peu le passé resurgit, avec ses secrets, ses soifs inassouvies, ses traces ineffaçables, et c’est passionnant de maîtrise !

Rédemption pourrait être adapté au cinéma tant Matt Lennox nous offre de couleurs, de sensations visuelles, d’émotions, d’atmosphères en quelques descriptions bien senties. Bien que l’on soit au Canada et en 1980, certaines images liées à des tableaux d’Edward Hopper me sont très vite venus en tête comme celles d’une station essence, de bars dans la nuit, de femmes figées dans l’attente. Mais le roman de Lennox est loin d’être statique et si ses pages sont empreintes de testostérone, elles ne manquent pas de nuances : comme le dit Stan Maitland, rien n’est tout blanc ou tout noir, il y a beaucoup de gris dans la vie !

Bref, une fois attirée dans ses filets, je ne l’ai plus lâché, il a sans doute une fois de plus comblé la part masculine qui est en moi, j’en connais qui vont sourire mais je l’assume complètement, et j’en redemande !

« Joe Holmes avait passé beaucoup de temps à l’hôpital. Il avait ensuite fallu l’interner en psychiatrie, parce qu’il refusait de parler. Il déambulait sans dire un mot. Joe Holmes, l’ancien voleur de voitures qui avait découvert en prison le plaisir de fabriquer un meuble de ses mains. Joe Holmes à qui personne ne voulait de mal.

Après ça, on comprend ce que c’est que la violence aveugle. On a beau se rendre maître de sa propre existence, il y a quelque chose à l’oeuvre, quelque chose qui sait qu’on est là. Et qui attend son heure pour sortir de l’ombre, le temps de prendre forme et de passer à l’acte, avant de disparaître à nouveau. » (p. 214)

Matt LENNOX, Rédemption, traduit de l’anglais (Canada) par France Camus-Pichon, Albin Michel, 2014

Il a eu un peu de mal à arriver jusqu’à moi mais ça aurait été dommage de ne pas le lire ! Un merci tout particulier donc à Claire Mignerey et à l’éditeur pour l’envoi de ce livre !

D’autres avis sur Libfly

Publicités