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Présentation de l’éditeur :

Alice apprend que son père itinérant a été trouvé mort sur un banc de parc, à Montréal. Elle veut d’abord jeter ses cendres à la décharge municipale, car elle juge que c’est tout ce qu’il mérite pour ne pas s’être occupé d’elle et pour avoir si lamentablement échoué sa vie, mais elle se résout finalement à le ramener à Mékiskan, là où il est né et a grandi. Son père est un Amérindien. Sa mère l’a quitté quand Alice n’était encore qu’une petite fille, et Alice n’a plus jamais remis les pieds dans ce village perdu, à douze heures de train de Montréal, où se côtoient des Blancs et des Amérindiens. Là, elle fait la connaissance de la vieille Lucy, une cousine de sa grand-mère qui a refusé d’aller vivre à la réserve, comme les autres membres de sa famille, et qui vit seule dans une cabane. Enfin, à peu près seule, puisqu’elle doit s’occuper de ses petits-enfants lorsque leur mère Jeannette, sa fille, se saoule à l’hôtel du village en compagnie d’un Ihimistikshiou, un Blanc. Partie pour vingt-quatre heures, Alice reste une semaine auprès de Lucy, et c’est tout un monde qu’elle découvre. Elle en sera à jamais transformée. 

Née à Montréal, Lucie Lachapelle a vécu de nombreuses années en Abitibi, où elle a côtoyé le monde amérindien et est devenue mère de deux métis cris. Elle écrit et réalise des films documentaires qui sont diffusés au Québec et à l’étranger. Mentionnons, entre autres, La rencontre (ONF, 1994), dans lequel elle aborde les relations entre Québécois et Amérindiens, Village mosaïque (ONF, 1996), récipiendaire du prix Gémeaux du multiculturalisme, et Femmes et religieuses (ONF, 1999). Lucie Lachapelle a également été finaliste au prix Gémeaux de la meilleure réalisation pour l’autisme (Icotop inc.), en 2002 

J’ai découvert ce livre et cette auteure au Festival America en 2012 et ma foi, je suis ravie que Karine ait accepté d’en faire une lecture commune !

Je viens de refermer ce court roman de 159 pages et j’ai la gorge serrée. C’est une belle histoire d’Indiens cris que Lucie Lachapelle nous conte là, une histoire moderne et éprouvante, mais aussi une histoire heureuse malgré tout. Je me suis dit que j’allais essayer de vous présenter cela sous forme d’abécédaire, avec les lettres des mots Amérindien et cri(s).

A comme amertume et C comme colère, ce sont les sentiments qui dominent au début. Le coeur d’Alice est rempli de colère envers ce père qui a sombré dans l’alcoolisme et qui a fini sa vie dans la rue, sur un banc de Montréal, sans plus aucun souci apparent pour sa femme et sa fille, à qui il n’a jamais voulu raconter quoi que ce soit de sa vie dans le Nord, à Mékiskan.

C comme cendres, celles qu’Alice se résout à ramener à Mékiskan, croyant n’y rester qu’une journée. Mais l’accueil un peu rude de Lucy la fait rester une semaine, une semaine au cours de laquelle d’abord, Alice s’interroge, remâche sa colère, observe, se retranche derrière ses certitudes et reste sur son quant-à-soi. Et puis elle va se laisser petit à petit gagner par la sympathie et le courage de Lucy, qui veut célébrer dignement les funérailles d’Isaac. Et les peines, les échecs, les humiliations du passé vont refaire surface.

D comme dénuement et dévastation : ce que les Blancs ont imposé aux Indiens, en les obligeant à vivre dans des réserves, en obligeant les enfants à être éduqués dans des pensionnats français dans lesquels on les éloignait non seulement physiquement mas surtout moralement de leur peuple, en exploitant systématiquement leurs forêts à outrance, en les privant de leurs ressources et en les poussant à des comportements auto-destructeurs. Ou à partir loin, pour tenter d’oublier l’humiliation et la misère.

R comme rêves et comme rituels : les rêves incompréhensibles d’Alice, ceux que lui raconte et lui interprète Lucy, les rêves prémonitoires, les rêves cauchemardesques ou les rêves rassurants. Et les rituels que pratique Lucy, ceux qu’avec Katrin et Walter elle va faire passer à Alice pour la « purifier », pour la relier au monde de ses ancêtres, à ses racines. (Et j’ai beaucoup pensé au Chemin des âmes, de Joseph Boyden !)

I comme initiation, car c’est bien cela qu’Alice va vivre durant cette semaine à Mékiskan, au bord de la rivière. Des rites de passage pour passer de la colère à l’apaisement, de l’amertume à l’acceptation de soi et des autres.

Enfin E comme enfants, car ils jouent un rôle important dans ce roman : victimes du malheur transmis par les adultes, symboles d’une innocence à protéger et à retrouver, mais aussi guides joyeux d’Alice au cours de sa semaine indienne.

J’ai bien aimé ce roman, vous l’aurez compris, même si parfois j’étais un peu gênée par la simplicité un peu trop fruste de la plume de Lucie Lachapelle, et pourtant cette simplicité était nécessaire aussi pour faire passer le message de ce retour aux sources et pour faire passer les émotions sans fioritures.

Je me réjouis de relire Lucie Lachapelle, qui était de passage à la Foire du livre de Bruxelles en février dernier, pour signer ses Histoires nordiques !

« Pieds nus sur des rochers, Alice s’accroupit et plonge un seau dans l’eau noire dont l’odeur vaseuse emplit ses narines. Des libellules aux ailes irisées volent à la surface. Une chaloupe rouge est amarrée et tangue sous le souffle du vent. Alice réalise qu’elle est bel et bien rendue dans ce lieu mythique, source de toutes les douleurs et de tous les dangers. Elle devrait se sentir effrayée, mais, au contraire, elle a le sentiment d’être en sécurité. Comme si les arbres, la rivière, le ciel et le vent léger l’enveloppaient et la protégeaient. » (p. 44)

Lucie LACHAPELLE, Rivière Mékiskan, Editions XYZ, 2010

C’est donc une lecture commune avec Karine !

Objectif PAL   Challenge Amérindien

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