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Présentation de l’éditeur :

Depuis la mort de son mari, Celia tient le monde à distance. Propriétaire d’un immeuble à Brooklyn, elle a choisi ses locataires pour leur discrétion.
Puis il y a l’arrivée de Hope, une belle femme un peu perdue, fuyant un mari infidèle. Lorsque Hope entame une liaison dangereuse et qu’un de ses locataires disparaît soudainement, Celia voit ses murs vaciller. L’équilibre précaire qu’elle était parvenue à construire vole en éclats et l’oblige à sortir d’elle-même.
Amy Grace Loyd ausculte le bruit des autres à travers les murs d’un brownstone et guette les désordres, les désirs de ce petit monde. Une exploration sans tabou du deuil, du sexe et des petits arrangements avec la vie dans un New York voluptueux et brûlant.

Ce (premier) roman est un roman d’ambiance, presque un huis clos qui se déroule dans un « brownstone »,  immeuble à appartements en briques, à Brooklyn (un immeuble à taille humaine, comme nous l’a montré Kathel), un huis clos qui joue sur les relations entre la propriétaire et ses locataires, tout en laissant entrer l’air du dehors pour pimenter le tout.

La propriétaire c’est Celia, une « jeune » veuve encore profondément habitée par l’amour de son mari : elle a survécu, elle s’est donné le projet de rénover et de faire de cet immeuble un lieu humain et harmonieux mais elle garde ses distances avec tout le monde, y compris avec elle-même. L’arrivée de Hope, qui sous-loue un des appartements, va la forcer à sortir d’elle-même, à se pencher sur son chagrin enfoui. A se réveiller d’un long engourdissement…

Amy Grace Loyd mène son histoire avec beaucoup de subtilité : ce réveil de Celia coïncide avec l’arrivée du printemps sur Brooklyn, une saison où la nature reprend vie, offre une profusion de couleurs et de fleurs mais reste aussi très frileuse certains matins. Les frasques de Hope la bien nommée va bouleverser la routine bien entretenue, le quant-à-soi dans lequel Celia s’est repliée. Le métro, le ferry qui relie New York au New Jersey, les rues d’Atlantic à Pacific Street vont révéler une géographie humaine et urbaine tantôt fiévreuse et passionnée, tantôt solitaire et désolée. De la fête d’arrivée à la fête de départ, le récit va ainsi développer ses harmoniques, ses personnalités, les bruits qui vous trahissent et vous révèlent, qui vous font sortir de vos gonds ou vous terrer au fond de votre appartement, qui vous forcent à prendre position, à vous situer. A savoir vivre avec vous-mêmes et donc avec les autres.

Il y avait « Le goût des autres », il y a désormais « Le bruit des autres » et sa belle galerie de personnages. C »est un magnifique roman  au vaste pouvoir évocateur sur le deuil, sur les relations amoureuses et sexuelles, sur New York. Encore un premier roman américain très réussi !

« Je savais certaines choses sur la question, l’altitude particulière du chagrin, combien il pouvaitt être déroutant ; la descente, la plongée pouvaient durer, encore et encore. On se retendrait à n’importe quoi. » (p. 46)

« Ce que je savais et qu’ignorait l’inspecteur, c’est qu’il n’y avait aucune chance pour que Mr Coughlan rentre sain et sauf ou en morceaux tant que l’immeuble était dans cet état. Pour trouver plus et mieux ailleurs, George avait ouvert une porte et laissé entrer quelqu’un et un phénomène physique cahotique avait pris le pouvoir, encouragé par le printemps, mélangeant les appétits humains avec les taillis, avec un vent changeant et une végétation si éclatante que l’on avait du mal à y croire. » (p. 172)

Amy Grace LOYD, Le bruit des autres, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch, Stock, 2014

Si la qualité de la traduction contribue au plaisir de lecture, j’ai déploré trois ou quatre fautes d’orthographe ou de concordance des temps qui me hérissent toujours un peu.

Un tout grand merci aux éditions Stock et à Libfly qui a voulu mettre la nouvelle maquette de la collection La Cosmopolite à l’honneur par cette opération.

Les avis de Keisha et de Cathulu

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