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Un dimanche poétique en hommage au professeur du Cercle des poètes disparus, avec deux extraits des Feuilles d’herbe de Walt Whitman.

Jusqu’au jardin le monde à nouveau repartant,

Puissance d’époux, de filles, de fils en prélude,

Etant ou signifiant l’amour et la vie de leurs corps,

Voyez comme est curieuse ma résurrection, j’ai dormi

Mais la ronde des cycles en votre manège m’a ramené

Vers vous, je suis mûr, amoureux, tout est beau, tout m’étonne,

M’émerveillent plus que tout mes membres et ce feu frémissant qui y court, expliquez-moi pourquoi,

J’existe, je suis vivant, je regarde, je pénètre,

Car le présent me plaît comme me plaît le passé,

Allant à mon côté ou qui me suit derrière

Ou bien qui me précède, Eve, et alors je la suis.

(Descendance d’Adam – Children of Adam, 1860)

Ecartant l’herbe de la prairie, respirant son odeur si reconnaissable,

J’en attends une correspondance spirituelle,

J’en attends un compagnonnage massif et dru parmi les hommes,

J’attends que de ses tiges lèvent les mots, les actes, les êtres,

Qu’ils aient l’ampleur de l’air, vif, ensoleillé, nourrissant,

Qu’ils aillent leur alure, droite, majestueuse et libre, prenant la tête plutôt que suivre,

Qu’ils affichent une audace irrépressible, une peau douce et pulpeuse sans l’ombre d’une tache,

Qu’ils dévisagent froidement Présidents, gouverneurs, dans les yeux comme pour dire Et vous qui êtes-vous ?

Qu’ils brûlent de la passion terrestre, simple, spontanée, jamais servile,

Qu’ils soient le coeur profond de l’Amérique.

(Calamus, 1860)

Walt WHITMAN, Feuilles d’herbe, Choix, Traduction et Préface de Jacques Darras, Les Cahiers rouges, Grasset, 1989

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