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Quatrième de couverture :

Six nouvelles. Six incursions dans l’intimité d’une famille. Moments de crise ou aléas du parcours. Un homme s’inquiète parce que sa fille n’est pas rentrée le soir ; un garçon se demande s’il va encore rejoindre, pour les vacances, son père qui les a quittés, sa mère et lui; une femme, tout à coup, doute de son couple…
Tout le clan se réunira pour les quatre-vingt ans du grand-père… qui jettera sur sa fête une ombre inattendue.

Après le beau premier roman Sur la pointe des mots, j’ai été heureuse de retrouver la jolie plume de Marie-France Versailles à travers ces six nouvelles qui, en réalité, ne sont pas loin de constituer un roman puisque les six personnages de ces textes ont des liens de famille assez étroits et se retrouvent tous dans la dernière nouvelle pour célébrer les quatre-vingts ans du grand-père Louis.

Dès le premier texte, et même si je n’ai jamais vécu l’angoisse d’une fugue adolescente, j’ai eu l’impression de me glisser sans effort dans la tête de Frank, comme si cette langue fine et délicate mettait les mots justes sur une expérience à la fois familière et nouvelle. Et cette magie a fonctionné jusqu’au bout, avec une émotion particulière en ce qui me concerne pour Fanny, une infirmière qui réduit son horaire de travail pour pouvoir se consacrer à l’écriture et Laurence, la soeur aînée hyper-compétente qui se laisse déstabiliser un moment par une émission de radio sur l’enfance.

Pauline offre également beaucoup de richesse à l’appétit du lecteur : à travers les navettes routinières en train, la jeune femme s’interroge sur son engagement en couple. L’ambiance d’un train de navetteurs y est particulièrement bien rendue, nourrie d’une observation très sensible de l’auteure que l’on peut peut-être reconnaître dans la voix parallèle qui intervient dans le récit, celle de quelqu’un qui observe Pauline de loin, anonymement, et l’aide insensiblement à avancer dans sa vie. Une sorte de mise en abyme qui ne dit pas son nom mais qui m’a semblé habile et subtile !

A mon sens, la révélation finale du grand-père n’a pas apporté grand-chose à l’ensemble (c’est un avis tout personnel) et m’a surtout laissée avec un goût d’inachevé : finale trop abrupte à mon goût, petit bémol qui gâche un tout petit peu le coup de coeur…

« Pauline lâche le Marie-Claire, acheté à la va-vite à l’entrée de la gare. Autour d’elle, les voyageurs ont trouvé leur place et les conversations s’animent. Elle s’appuie contre son dossier, le visage tourné vers la vitre du compartiment. Avec le soir, la brume monte et brouille le paysage que le mouvement du train semble dérouler pour elle seule. Il y a une hésitation dans l’air, quelques traits de couleur parlent de printemps. Au noir brut des épicéas se mêle l’or pâle des mélèzes. Il a fait glacial toute la journée, offensive tardive d’un hiver lent à s’esquiver.

Peu à peu, la nuit se glisse entre les troncs et fige le givre qui souligne chaque branche.

Sourde aux conversations, Pauline guette l’instant secret où le gris va gagner, éteindre les couleurs et lui rendre l’agitation du wagon, le bruit du train, et la lumière crue des plafonniers. » (p. 55)

Marie-France VERSAILLES, A l’ombre de la fête, Quadrature, 2010

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