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Présentation de l’éditeur :

À peine sorti d’une cure de désintoxication et souffrant toujours d’un amour déçu, le jeune et brillant Nicolas, 20 ans, part à la conquête du bonheur. Admis à l’Université de Montréal, il quitte le Saguenay pour se retrouver en appartement chez son oncle bougon de 56 ans. Edgar, de son côté, a accepté ce visiteur embarrassant un peu contre son gré, ne faisant que répondre à la demande de sa soeur. Se confrontent, alors, l’attitude blasée d’un baby-boomer à la fois drôle et cynique, frappé par la crise économique de 2008, et celle, toute fraîche et très exigeante, d’un rescapé qui veut tout.

Portrait à la fois tendre et satirique d’un monde en mutation, le roman de Marie-Paule Villeneuve est résolument contemporain.

Ce roman est plaisant, tendre et piquant, léger et profond à la fois. Je ne vais pas répéter la quatrième de couverture, mais on suit donc les « aventures » d’Edgar, qui a pu pendant de nouvelles années vivre de ses opérations boursières et qui, frappé par la crise de 2008, se voit obligé de trouver un travail le temps que la Bourse remonte. Pendant ce temps, Nicolas, son neveu, pensionnaire qui s’incruste malgré lui chez son oncle, tente de remonter la pente après une peine de coeur particulièrement éprouvante. La rencontre entre les deux provoque d’abord un clash mais a aussi des conséquences savoureuses : par exemple, au début, réduit à faire appel à des aides ménagères pour nettoyer son appartement, histoire d’accueillir un peu décemment son neveu, Edgar découvre la douceur des présences féminines. Heureusement il peut compter sur un vieil ami pour pallier son incapacité à parler aux femmes…

Le « vieil » oncle est obligé de sortir de sa tanière, tant sur le plan du travail que sur celui des relations humaines, Nicolas l’enfant gâté doit apprendre à composer et à surmonter ses démons. Tous deux ont souvent recours à la littérature pour adoucir les contours de cette nouvelle vie qui se dessine pour chacun. Un vieux bougon comme Edgar qui aime et cite Camus à tout bout de champ ne peut pas être fondamentalement mauvais ! Un enfant gâté qui cuisine de bons petits plats (sa recette de spaghetti au citron m’a mis l’eau à la bouche) ne peut pas être fondamentalement mauvais non plus…

Outre cette relation un brin chaotique entre oncle et neveu, on se promène dans Montréal, en passant régulièrement par Longueil et la station de métro Berri-UQAM, et j’imagine que les gens qui connaissent ces lieux se délecteront de s’y promener pendant une année avec nos deux compères. A travers leur histoire, Marie-Paule Villeneuve ne se prive pas d’un regard critique sur la société et le Québec contemporains ; la crise financière, l’homosexualité, les sans-abri, plusieurs thèmes sont passés à la moulinette de son humour acerbe. Histoire de lire intelligent tout en se faisant plaisir.

« Délirant, pensa Edgar, qui sortit de sa lecture avec regret. La vie dans les livres est toujours plus captivante. De plus, l’histoire a une fin, pas comme cet hiver éternel et cette Bourse qui ne se redresse pas assez vite. De plus, un livre, c’est bien écrit, alors que la vie est peuplée de fautes d’orthographe, de mauvaise syntaxe et de propos orduriers. » (p. 265)

Marie-Paule VILLENEUVE, Salut mon oncle !, Triptyque, 2012

Québec en septembre 2014

Petit Bac 2014   Objectif PAL

 

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