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J’avais tellement aimé le Festival America il y a deux ans que je ne pouvais pas ne pas y retourner cette année, sur le thème « D’Amérique et de France » et j’ai choisi d’y aller le samedi. J’avais aimé mais je ne me souvenais plus que les débats et rencontres ne commencent pas avant 11 heures, je suis donc arrivée très en avance à Vincennes… mais qu’à cela ne tienne, j’avais déjà rendez-vous avec Mior (Les livres sont nos maisons de papier) pour un petit-déjeuner déjà très bavard agréable et… littéraire ! Je ne me suis pas non plus super organisée dans le choix des débats (à part celui animé par Sandrine), j’ai suivi certaines choses un peu au hasard et je ne m’en plains pas du tout !

J’ai d’abord assisté au débat animé par Francis Geffard, Mondes indiens, avec les poétesses innues Joséphine Bacon et Rita Mestokosho, le Guyanais (donc Français) Aikumalé Alemin, David Bouchard le métis de la Saskatchewan et Joseph Boyden, le seul anglophone de la bande, aux origines écossaise-irlandaise-catholique et ojibwe-cri. Et là… c’est l’émotion qui était au rendez-vous, d’entrée de jeu, avec les deux dames qui se sont d’abord exprimées dans leur langue, orale avant tout, pour dire qu’elles sont d’abord filles de la terre puis d’un père et d’une mère qui ont marqué leur identité, leur métissage, sans compter les étrangers qui ont imposé aux Indiens leurs propres langue et culture. Mais la plus ancienne (Joséphine Bacon) et celle qui est aussi conseillère dans sa communauté écrivent pour transmettre la mémoire et l’histoire et sont fières de l’identité qu’elles se sont forgée.

Quand Aikumalé Alemin a pris la parole, le ton a changé, j’ai eu la gorge serrée devant le constat énoncé sans amertume mais avec une poignante lucidité sur les conditions de vie des Indiens au fin fond de la Guyane, non loin de la frontière avec l’Amazonie : empoisonnés au mercure à cause des orpailleurs, ces populations sont laissées dans l’oubli par la République française…

David Bouchard s’est vu souhaiter un Bon anniversaire chanté par la salle avant d’expliquer avec fierté ses origines, normande et indienne, l’histoire mouvementée de son pays et de sa famille, et de plaisanter avec humour sur l’accent des Français d’Europe. Il a expliqué que l’accent des « Françaskwais » comme ils s’appellent familièrement (ou des Québécois) est en fait l’accent parlé dans nos régions d’Europe au 16e siècle, quand les Français se sont expatriés vers le Nouveau Continent. Et Joseph Boyden a discrètement appuyé ces propos en disant aussi les atrocités commises pendant la colonisation.

Après cette rencontre riche en émotion, je suis arrivée un peu au hasard et surtout en retard sur la scène « Louisiane : être cajun aujourd’hui » (j’avais envie d’entendre Tim Gautreaux dont le deuxième roman paraît en français en cette Rentrée) mais j’avoue avoir écouté avec moins d’attention (je trouvais que l’animatrice et le traducteur prenaient beaucoup de place par rapport aux invités – et il faisait horriblement chaud dans cette Salle des mariages). Je retiens cependant le désir d’affirmer là aussi sa culture et son identité, de maintenir la tradition du français malgré les pressions parfois exercées dans l’histoire de cet Etat américain.

C’était l’heure de la pause et de la rencontre plus tôt que prévu avec Kathel (Lettres exprès), qui m’a reconnue en pleine rue rien que sur la description que je lui avais transmise, nous avons alors retrouvé Marilyne (Lire et Merveilles) pour un pique-nique au soleil, encore une fois très animé par l’écho de nos différentes rencontres. Nous avons aussi croisé Sandrine (Tête de lecture), avec qui nous avons fait connaissance, avec aussi un petit coucou de Jérôme et Noukette, avant d’aller écouter le débat qu’elle animait sur le thème « Les choses de la vie » : Mélanie Vincelette, Jocelyne Saucier, toutes deux du Québec, et Nickolas Butler, du Midwest américain, en étaient les invités. J’ai retenu le goût de la nature, de la famille et de l’amitié, l’attention aux autres des trois auteurs, leur douceur, le désir de Nickolas Butler d’offrir des romans qui parlent de valeurs positives, et pas seulement de violence. Là aussi, l’émotion était bien palpable, Sandrine a posé des questions auxquelles les écrivains se sont prêtés de bonne grâce et ont osé apporter des réponses très personnelles, offrant ainsi aux spectateurs un beau moment de vérité et l’envie de lire au plus vite les trois romans concernés !!

Retour au Salon du livre du Festival pour l’une ou l’autre dédicace (j’avais apporté le dernier roman de Jocelyne Saucier et j’ai craqué pour les recueils des deux poétesses innues et pour le dernier roman de Joseph Boyden, ainsi que pour le premier roman de Tim Gautreaux, déjà en poche – j’ai été assez raisonnable, je trouve ! – ah oui, il y a aussi deux petits poches d’auteurs du Québec…) Enfin, j’ai retrouvé Marilyne pour la Scène « Francophones de l’Ouest canadien » à laquelle participaient de nouveau Joseph Boyden (un auteur que j’ai trouvé d’une simplicité et d’une modestie… incroyablement craquantes), David Bouchard, J.R. Léveillé, romancier et poète du Manitoba et le cinéaste André Gladu, auteur de documentaires sur les Acadiens, les « Mitchif », les Créoles en Amérique du Nord. Ils ont tous redit la force des métissages et la violence qui a marqué aussi l’histoire du Canada, au même titre que les Etats-Unis. Pardon de ne pas pouvoir vous en dire plus, mais je vous assure que c’était passionnant !

Ce fut une journée riche en rencontres, en émotions, j’admire la variété et la richesse de ce Festival tout autant que son organisation pratique, et comme d’habitude je suis ravie d’avoir pu mettre des visages sur des noms de blogs amis, ce fut bien agréable !

En 2016, le Festival aura pour thème « L’Amérique dans tous ses états », qu’on se le dise !

Kathel parle aussi de ce samedi ici ! Les billets de de Marilyne et Mior vont vous donner un bon aperçu aussi !

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