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Présentation de l’éditeur :

«J’ignore si je voyage vraiment, mais je me déplace. C’est-à-dire que je n’ai pas appris à voyager, à faire ceci ou cela dans telle circonstance. J’avance pour voir du pays, peut-être aussi pour me débarrasser de quelque chose. Pour user mes bottes sur un parcours dont le tracé n’a pas réellement d’importance. Pas tellement pour me nourrir au fond. L’étranger, je le rencontre de toute façon au coin de ma rue ou quelque part en moi.»

Depuis la mort de son père, Hubert, enchaîné à sa mémoire et à ses certitudes, erre entre Marseille et Porquerolles, entre Arles et Avignon, hésitant entre le repli et le consentement. Mais le hasard le force à sortir de lui-même et à soupeser l’importance de son propre drame, comme si la fin et le commencement devaient nécessairement se confondre.

Avec Depuis les cendres, Emmanuel Bouchard nous offre un roman intimiste sur le thème du deuil. La prose qui caractérise son écriture est une fois de plus au rendez-vous.

Emmanuel Bouchard nous offre un petit roman tout simple sur le thème du deuil, du souvenir, de l’accompagnement des personnes proches en fin de vie (et je ne peux m’empêcher de penser à Paul à Québec que j’ai présenté au début de ce mois au… Québec). Ici le narrateur, Hubert, un homme déjà adulte mais encore jeune, je pense, a perdu son père, figure familiale très forte, quelques mois avant le début de ‘histoire. Benjamin de la famille, il a décidé de partir pour un périple en France qui le mènera de Marseille à Paris en passant par Clermont-Ferrand, Lyon, Rouen, le Mont-Saint-Michel et j’en passe.

Au cours de ce voyage où il est sans cesse poussé à partir, à aller chercher son chemin ailleurs, il fait la connaissance d’Helena, une jeune Anglaise maltraitée par son compagnon. Les jeunes gens fuient ensemble et on comprend très vite que si Helena s’est accrochée à Hubert, ce n’est pas vraiment lui qui la délivrera de ses cauchemars, même s’il a cru se « sauver » en offrant la fuite à la jeune femme.

Car bien sûr, ce voyage en France, c’est se perdre pour mieux retrouver les souvenirs du père, évoquer sa figure, sa personnalité, son courage devant la maladie, ses sentiments, ses peurs, ses doutes, son humour, sa vie. Hubert essaye de traverser le deuil en se cachant d’abord un peu de lui-même, mais si le voyage touristique peut paraître un peu cliché (on a droit aux images classiques d’agences de voyage à propos de chaque ville visitée), il est le signe d’un voyage intérieur autrement plus bouleversant, pour apprivoiser l’absence, se pardonner ses petites lâchetés envers le défunt, prendre la place nouvelle que le deuil dessine pour lui. En cela, j’ai trouvé le roman particulièrement juste : je ne sais si Emmanuel Bouchard s’est inspiré de sa propre histoire, mais je pense que chacun peut se reconnaître dans l’expérience d’Hubert. Je me suis souvent arrêtée dans ma lecture en pensant à mes propres souvenirs. J’ai aimé aussi comment la poésie, la littérature nourrissent ce « travail » de deuil (c’est ainsi que j’ai découvert le poète Saint-Denys Garneau).

Finalement la photo de couverture, qui peut paraître un peu austère, évoque bien la figure du père d’Hubert : un homme organisé, rassurant, proche de la nature et des bois, mais pas exempt de failles, à l’image de ce tricot torsadé bien régulier et chaleureux (la torsade peut évoquer les vies des membres de la famille qui s’entremêlent étroitement) mais où on peut deviner dans la bordure une maille qui file…

« Quant au hasard, c’est par lâcheté que je m’y dissimule. C’est commode de se dire que les choses arrivent comme elles arrivent, qu’on n’y peut rien de toute façon. J’aurais dû l’apprendre pourtant : on peut souvent faire quelque chose.

Etre au moins au bon endroit quand quelque chose vient d’arriver. 

Etre là quand, dans la semaine précédant Noël, mon père m’a dit au téléphone Si tu venais passer quelques jours ici, pendant les vacances. Comprendre et être là, simplement. » (p. 58-59)

Emmanuel BOUCHARD, Depuis les cendres, Hamac, 2011

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