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Quatrième de couverture :

Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l’été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d’une caserne déserte.
Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit.
Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère.
Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes.

Trois personnages et, au milieu d’eux, un chien, qui détient la clef du drame…

Je ne copie pas toute la quatrième de couverture, qui, avec la photo ci-dessus, dit quasiment tout sur ce roman de 155 pages seulement…

A l’heure où j’écris ce billet, je n’ai toujours pas lu Au revoir là-haut, de Pierre Lemaître, qui se passe aussi juste après guerre mais j’ai lu il y a très longtemps Dans la guerre, d’Alice Ferney (que je me suis promis de relire tant il m’avait émue il y a quelques années) qui met en scène lui aussi un chien et son maître dans les tranchées. Le rôle du chien, ici, et la question de la fidélité à son maître prennent un sens tout différent du roman d’Alice Ferney, de même que le texte de Jean-Christophe Rufin joue moins sur les émotions, mais il y a cette thématique commune de l’homme et de l’animal pris dans la tourmente de 14 et celle de l’après-guerre, comment les hommes en sont revenus, comment ils ont été profondément transformés par tous les bouleversements de la société que la première Guerre mondiale a générés.

A ce propos, l’auteur met face à face, dans un huis-clos étouffé de chaleur, deux hommes que tout oppose : la différence de classe est sensible, l’un, homme de la ville, grand bourgeois, doit mener une enquête approfondie sur le « crime » de l’autre, paysan à peine instruit (apparemment). Cette confrontation met d’abord en présence deux hommes profondément convaincus du bien-fondé de leur démarche, de leur position. Le fait d’avoir tous deux fait la guerre ne les rapproche pas forcément, car ils ont mené des combats différents. Mais le juge Lantier du Gretz est sur le point de quitter l’armée et l’acte commis par Morlac l’interroge. Il prend le temps de s’informer, de chercher à comprendre. Et les lignes vont bouger… sous la plume d’un auteur qui mène son récit avec empathie et qui nous offre un roman subtil sur les conséquences de la guerre.

Jean-Christophe Rufin s’est inspiré, explique-t-il à la fin de l’ouvrage, d’une anecdote authentique dont il fait un roman sobre et interpellant dans sa brièveté.

« Lui aussi, à l’évidence, était marqué par la guerre. Quelque chose, dans sa voix, disait qu’il était désespérément sincère. Comme si la certitude de mourir bientôt, éprouvée jour après jour au front, avait fait fondre en lui toutes les coques du mensonge, toutes ces peaux tannées que la vie, les épreuves, la fréquentation des autres déposent sur la vérité chez les hommes ordinaires. Ils avaient cela en commun, tous les deux, cette fatigue qui ôte toute force e toute envie de dire et de penser des choses qui ne sont pas vraies. Et, en même temps, parmi ces pensées, celles qui portaient sur l’avenir, le bonheur, l’espoir étaient impossibles à formuler car aussitôt détruites par la réalité sordide de la guerre. Si bien qu’il ne restait que des phrases tristes, exprimées avec l’extrême dépouillement du désespoir. » (p. 23-24)

Jean-Christophe RUFIN, Le collier rouge, Gallimard, 2014

L’avis de Sandrine (Tête de lecture)

Poppy Thiepval

Petit Bac 2014

 

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