Après vous avoir emmenés en voyage à Rodrigues sur la trace d’un trésor corsaire, je vous invite à expérimenter la vie d’ermite en cabane dans les forêts de Sibérie. Enfin, quand je dis « je vous invite », c’est surtout Sylvain Tesson qui nous convie à partager son expérience au fil d’un journal tenu durant cette expérience vécue de février à juillet 2010.

Je m’étais promis avant mes quarante ans de vivre en ermite au fond des bois. C’est par ces mots que Sylvain Tesson ouvre ce magnifique récit, qui n’est d’ailleurs pas sans me rappeler mon auteur fétiche évoqué dans mon premier billet non-fiction. La Sibérie n’est pas l’île Maurice (ou autres contrées « vécues » et contées par Le Clézio), mais j’y ai retrouvé cette fuite de la société « de consommation » où les hommes se perdent pour un retour à la nature si fascinante ; ce même retour à la lenteur, au rythme des saisons et des heures, en opposition à la vitesse effrénée de nos vies hyper-connectées ; cette déconnexion justement au profit d’une « reliaison » à la vie, à la nature, à soi ; ce rappel essentiel : bien que l’homme se soit extrait des bois pour se construire des forêts citadines sans âmes et veuille à tout prix maîtriser les élément, il n’est qu’un élément de cette nature, si belle, si grande et si généreuse pour qui accepte de prendre le temps de la regarder.

Je n’avais encore jamais lu Sylvain Tesson (et je me demande bien pourquoi). J’ai enfin ouvert un recueil de nouvelles qu’on m’avait prêté en début de semaine et je n’ai eu d’autre choix que de me plonger ensuite avec lui dans ces fabuleuses forêts de Sibérie que je vous conseille vivement de découvrir à travers ce billet maladroit. Un journal que je relirai certainement et qui m’a donné envie de relire un autre récit que je vous présenterai, à mon avis, prochainement !

Quelques extraits parmi tant d’autres :

Je me fis alors le serment de vivre plusieurs mois en cabane, seul. Le froid, le silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus cher que l’or. Sur une Terre surpeuplée, surchauffée, bruyante, une cabane forestière est l’eldorado. A mille cinq cents kilomètres d’êtres humains s’apprêtant à y manquer d’eau, de bois, d’espace. Vivre dans les futaies au bord de la plus grande réserve d’eau douce du monde est un luxe. Un jour, les pétroliers saoudiens, les nouveaux riches indiens et les businessmen russes qui traînent leur ennui dans les lobbys en marbre des palaces les comprendront. Il sera temps alors de monter un peu plus en latitude et de gagner la toundra. Le bonheur se situera au-delà du 60e parallèle Nord.

Habiter joyeusement des clairières sauvages vaut mieux que dépérir en ville. (p. 41)

La vie de cabane est peut-être une régression. Mais s’il y avait progrès dans cette régression ? (p. 55)

L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé. Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et, soudain, on ne sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont. (p. 77)

Et, enfin, un dernier qui m’a bien amusée :

Des canards se sont abattus sur les plans libres, avides d’amour et d’eau fraîche. Ils prenaient du bon temps au sud. Quand les chiens courent vers eux, ils décollent pathétiquement. Les hommes ont d’abord imité les oiseaux pour construire des avions, les canards, eux, imitent les premiers avions. (p. 205)

Sylvain TESSON, Dans les forêts de Sibérie, Gallimard, 2011 et Folio, 2013

Participation au Projet Non-Fiction chez Marilyne

 

Publicités