Le chemin se construit en marchant. (Antonio Machado)

A l’heure où j’écris ces lignes, c’est un dimanche brumeux. Musique d’ambiance en sourdine pour rédiger ce billet, je vous invite à enfiler de bonnes chaussures et à partir à la découverte des chemins et des paysages qui vous entourent (ou de pousser un peu plus loin si l’envie vous prend). Quoi de mieux que la marche pour découvrir notre environnement et revenir lentement à nous dans une société où la vitesse nous déconnecte de nous-mêmes et de notre monde, nous pousse à la rentabilité chiffrée sans se préoccuper de trouver un sens à cette productivité et cette consommation effrénée, nous vante des « expériences » et « sensations » à tout-va (quand il s’agit simplement d’acheter une voiture ou de tester le nouveau produit technologique à la mode) ?

Marcher, comme le dit, David Le Breton est un acte de résistance, « un anachronisme en un temps de vitesse, de fulgurance, d’efficacité, de rendement, d’utilitarisme ». Alors que la plupart d’entre nous se « connectent » au monde et aux autres au moyen d’ordinateurs ou de smartphones, le marcheur se relie à la terre, à lui-même et aux autres grâce à son propre corps. La marche est gratuite : il suffit de deux pieds pour y accéder ; la marche est un plaisir solitaire ou individuel ; la marche peut se décliner en long périple, en défi à soi-même, en pèlerinage spirituel ou religieux ou en simple promenade qui nous ramène sur les pas de notre enfance. La marche peut être rurale ou citadine. Traverser les forêts ou longer le littoral. Mais la marche est toujours rencontre : avec soi-même d’abord, avec d’autres marcheurs ensuite, croisés au gré des chemins.

David Le Breton nous emmène avec lui sur ces chemins dont il fait l’éloge, nous invite à croiser l’itinéraire d’autres célèbres marcheurs d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs : Bashô, Nicolas Bouvier, Alexandra David-Neel, Julien Gracq, Jacques Lacarrière, Bernard Ollivier… Il nous conte les (extra)ordinaires (més)aventures de ces hommes et de ces femmes unis par la même passion, celle de la marche et, par-là, de la nature et de ce monde merveilleux que nous traversons jusqu’à notre ultime destination. Mais le but du voyage n’est finalement qu’un prétexte à se mettre en route ; l’important et le bonheur étant le chemin, marchons, émerveillons-nous et ouvrons-nous aux belles rencontres…

J’aurais envie de citer tout l’ouvrage, alors juste quelques lignes :

[…] la marche est un acte de résistance privilégiant la lenteur, la disponibilité, la conversation, le silence, la curiosité, l’amitié, l’inutile, autant de valeurs résolument opposées aux sensibilités néolibérales qui conditionnent désormais nos vies. Prendre son temps est une subversion du quotidien, de même la longue plongée dans une intériorité qui paraît un abîme pour nombre de nos contemporains dans une société du look, de l’image, de l’apparence, qui n’habitent plus que la surface d’eux-mêmes et en font leur seule profondeur.

David Le Breton, Marcher. Eloge des chemins et de la lenteur, éd. Métailié, coll. Suites Essai, Paris, 2012.

Projet Non-Fiction avec Marilyne

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