« On a beau essayer de prévoir l’imprévisible, l’intempestif survient au plus mauvais moment : je m’apprêtais à mourir.

Décider fait partie de ces moments intimes qui supportent assez mal les témoins importuns.

Je m’étais préparé de longue date, en vue de ce dernier instant. J’avais résilié mon bail pour la fin du mois. Le ménage était fait, poubelles sorties, placards et réfrigérateur vidés, vitres et sol à peu près impeccables. Je venais de couper le gaz et l’électricité, après mon café du matin.

Mes papiers étaient tous en ordre. Je pouvais m’en aller serein.

Pour fêter l’événement, je m’étais même acheté un costume de deuil, avec chemise et chaussures assorties. Je n’avais pas lésiné sur le sombre et le noir. Pour les chaussettes, j’avais eu plus de mal à me déterminer. Imprimées de motifs, discrètement rayées ? Finalement, j’avais opté pour une fantaisie : des oursons rouges et jaunes, clonés façon Andy Warhol, sur fond de niges éternelles.

Mourir, d’accord, mais du bon pied.

J’adorais ces chaussettes. »

Marie-Sabine ROGER, Trente-six chandelles, Collection La Brune, Editions du Rouergue, 2014

Le rendez-vous des premières pages et du samedi soir avec Le petit carré jaune et Mina

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