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Quatrième de couverture :

Si vous détestez les places de théâtre microscopiques, les sacs siglés chers et moches, les autocollants « bébé à bord », les patrons de café qui renâclent à servir une carafe d’eau, les gens qui emploient « au jour d’aujourd’hui », les surfeurs, les dictons, les arbitres de foot, ces nouvelles fatwas de Charb vous offriront une savoureuse revanche.

Un hymne hilarant à l’intolérance des gens et de la société.

Charb dézingue à tout va dans ce second tome de Fatwas et ça fait du bien ! Quelle meilleure réponse à l’intolérable et réelle fatwa prononcée contre lui que de se moquer de tout et de rien avec insolence ? C’est bête et méchant, c’est d’une mauvaise foi crasse et c’est parfois franchement vulgaire, mais on le sait, le contrat humour est posé d’avance, la marque Charlie Hebdo est déposée…

Les premières fatwas semblent « innocentes » et un peu gratuites (Mort aux souffleurs de feuilles mortes, Mort à la mozzarella, Mort aux verrines), certaines sont carrément surprenantes comme Mort à Brassens ou Mort aux sourires dans le métro. Il me faut avouer une tendresse particulière pour Mort aux multiplexes et Mort au verbe « Impacter » (je vous la sers en dessert), un néologisme qui m’agace prodigieusement ! Mais beaucoup d’autres attaquent au vitriol la société de consommation, le conformisme social et commercial, la bêtise instituée, tout ce qu’on veut nous faire avaler sans réfléchir. J’ai souvent pouffé de rire en lisant ces charges grinçantes.

Et puis forcément, certaines fatwas ont résonné sombrement à mon oreille : Mort au mois de janvier, Mort aux dévots incroyants, Mort à la peur islamiste…  la réalité a dépassé la fiction, l’humour sans concession a sérieusement morflé le 7 janvier dernier… mais il survit, heureusement, il va se relever grâce à un grand élan républicain.

Mais attention : si jamais j’apprends que Charb allait souvent à Marrakech en emportant ses valises à roulettes pour y déguster des verrines et du champagne, ou qu’il roulait en 4-4 avec un autocollant Bébé à bord, je lance une fatwa ! 🙂 🙂 🙂

Mort au verbe « Impacter » !

Et ta mère ? Elle s’est fait impacter chez les Grecs, ta mère ? C’est ce que vous hurlez au chargé de clientèle de l’agence de la Caisse d’épargne qui tente de vous expliquer que la perte de confiance des marchés a eu des conséquences sur les taux d’intérêt des emprunts immobiliers. Sauf que ce ne sont pas les mots exacts du ver de terre en chemisette qui fait carrière dans une banque parce qu’il n’a pas suffisamment d’éthique pour devenir fossoyeur municipal (vous allez me rétorquer, quel rapport entre un banquier et un fossoyeur ? Le banquier enterre les vivants, le fossoyeur enterre les morts).

Il n’a pas dit qu’il vous refusait votre emprunt parce que la perte de confiance des marchés a eu des conséquences sur les taux d’intérêt des emprunts immobiliers… Il a dit : les taux d’intérêt des emprunts immobiliers ont été impactés par la perte de confiance des marchés. Vous comprenez très bien ce que ça signifie. D’une part, vous n’obtiendrez jamais le permis pour acheter une niche à Gisors (mais ce n’est pas le plus grave), d’autre part ce gluant emploie un néologisme inutile. Certains traquent le néologisme comme l’UMP traque l’immigré. C’est exagéré. Lorsqu’il faut décrire un objet nouveau, un concept inédit, il n’est pas grotesque de recourir à un mot taillé sur mesure. Mais « impacter »…

« Impacter », ça signifie simplement que votre interlocuteur est aussi inutile que le mot qu’il emploie. Et comme c’est encore un mot neuf, « impacter », le lombric prétentieux qui s’en gargarise a l’impression de vous souffleter le visage chaque fois qu’il l’utilise. Pour lui, c’est un marqueur de sa haute compétence. Et, par conséquent, de votre nullité en matière d’impactage.

Et donc, sa mère, elle s’est fait impacter par les Grecs, oui ou merde ? Ah, oui, répond le chargé de clientèle, soudain très surpris de votre intérêt pour l’économie. « Oui, ma mère, qui avait fait des placements hasardeux, a été impactée par la crise grecque. » Que répondre ? Votre moral a été durement impacté par l’inébranlabilité du con.

Le virus s’est répandu partout. Tous les milieux sont aujourd’hui vérolés, pardon, impactés. Le chauffeur de taxi trouve que les travaux dans Paris impactent sa façon de conduire, et le présentateur météo annonce que votre week-end risque d’être impacté par un front nuageux venu de l’Atlantique.

Je crois que vous en serez d’accord, il faut détourner une météorite de sa course vers le néant afin qu’elle vienne s’écraser sur leur sale gueule. Ca leur rappellera le sens du mot « impact ». Amen. (p. 107-108)

Les fatwas de CHARB, Petit traité d’intolérance, Tome II, Les Echappés Charlie Hebdo, 2014

Un mois après les attentats, un hommage en forme de lecture avec Marilyne qui vous présente le premier tome de ces fatwas.

Et ce sera ma lecture Non-Fiction du mois, avec Marilyne aussi…

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