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Quatrième de couverture :

Il pleut depuis trente-quatre jours, depuis que Matteo est parti en pleine nuit, sans laisser aucun indice derrière lui. Béatrice n’a rien vu venir. Est-ce le démon de midi qui a frappé l’homme de sa vie ? Pour tromper l’attente, elle s’accroche à Aisha, une jeune Somalienne qui débarque à l’improviste chez elle à l’heure des actualités. Elle trouve un abri inopiné sous les parapluies de drôles de complices – Francesca, belle-mère ronchonne, Thalie, livreuse de journaux à dix ans, Daphnée, étudiante éprise de littérature russe, et Catherine, mère célibataire. Grâce à leur gilet de sauvetage affectif, elle entreverra enfin un coin de ciel bleu.
Avec humour et poésie, délicatesse et sensualité, Christine Eddie démontre que les femmes ne sont pas d’éternelles rivales. Son étourdissante comédie des erreurs mêle les larmes au rire.

Depuis le temps que j’avais envie de lire Christine Eddie !! Et voilà, c’est chose faite, en attendant d’en lire d’autres, grâce à la Librairie du Québec à Paris. Bon, ce n’est pas la jolie couverture des éditions Alto, mais la française est très jolie aussi. Je précise que j’ai lu ce livre dans le train, en allant à la Foire du livre de Bruxelles le week-end dernier, et que les gens ont dû me prendre pour une dingue parce que je rigolais toute seule de l’humour de Christine Eddie !

Parapluies, c’est l’histoire d’une femme abandonnée, Béatrice, sonnée sous le choc, son humeur va d’ailleurs s’accorder à la pluie qui ne cesse de tomber sur la ville et qui fait gonfler le fleuve (c’est peut-être Québec, mais à part quelques expressions typiques comme « écouter la télévision », il n’y a pas d’indication précise sur les lieux – mais ce n’est pas important). Une femme qui va enfin sortir d’elle-même, parce que ses parents d’abord puis son compagnon, Matteo, ont toujours constitué tout son univers. Elle « s’accroche » d’abord à Aïsha, une jeune Somalienne dont le visage lapidé a fait la une des journaux télévisés, en se disant que son sort est bien plus enviable que celui de cette jeune fille, ensuite elle s’occupe malgré elle de sa belle-mère, abandonnée elle aussi par son fils, avant qu’une Aïsha en chair et en os et une petite culotte rose (elle aussi abandonnée…) ne fassent irruption dans sa vie.

On comprend très vite que tous ces personnages (pas seulement celles que je viens de citer), dont Christine Eddie dévoile petit à petit l’histoire sous différents modes de narration, vont se rencontrer un jour, et dans quelles circonstances ! Une rencontre inter-générationnelle, pétillante, pleine de résilience mais aussi de quiproquos, et… mouillée. On s’attache à Béatrice, à l’humour d’auto-dérision dont l’a dotée son auteure, à Thalie, à Daphnée et à Francesca aussi, même si ce n’était pas vraiment gagné au départ. On sourit, on pouffe de rire, car l’humour et le regard de tendresse semblent vraiment une marque de fabrique de Christine Eddie.

Difficile pour moi d’en dire plus, sans en révéler trop sur l’histoire et les liens entre toutes ces femmes (sans oublier Matteo, on aurait tort de le vouer aux gémonies) et toutes les surprises que l’auteure nous réserve. Il y a aussi dans ce roman l’amour des livres et des auteurs, avec une petite touche de Marina Tsvetaieva et de Boris Pasternak… (je dis ça, je ne dis rien…), des petites flèches pleines d’esprit et des moments de complicité infiniment touchants. Bref, lisez-le !

Quelques exemples de l’humour piquant et une touche de tendresse :

« C’est aux Iles que les rapports incertains entre l’infidélité et la testostérone me sont apparus clairement pour la première fois. Tout comme le fait que ce n’est pas la septième vague qui est la plus forte. Mais la troisième.

Matteo Jordi est Numéro Trois. » (p. 23)

« A l’hôpital, ils ont examiné Francesca de long en large. A soixante-dix-neuf ans, les causes de la perte d’équilibre sont infinies, m’a expliqué gentiment une infirmière aux yeux très bleus pendant que je patientais dans le couloir du service radiologique. J’essayais de rester zen et, pour une fois, je bénissais Feng Shui de m’avoir collé un catalogue médical le mois précédent parce que la moitié des mots qui sortaient de la bouche du personnel avaient plus de quinze lettres, ce qui leur conférait un aspect redoutable. » (p. 35)

« J’ai eu peur qu’il meure tout seul, sans sa femme, ses enfants, un cousin, quelqu’un qui lui tiendrait la main et lui soufflerait à l’oreille qu’il avait compté. Le policier qui, le premier, s’était trouvé sur le lieu de l’accident de mes parents m’avait expliqué, en baissant la voix et sans savoir qu’il m’offrait un puits de consolation, qu’on avait dû les sortir ensemble de la voiture parce qu’ils étaient si fort serrés l’un contre l’autre qu’on n’arrivait plus à les dénouer. » (p. 41)

« Chez nous, pas le plus petit morceau de famille dysfonctionnelle qui m’aurait fait disjoncter, même pas pendant un quart d’heure. Pas de cris, pas de crises. J’ai moi-même participé à cette harmonie intergénérationnelle en n’ayant aucun bouton d’acné sur la figure pendant l’adolescence. » (p. 140)

Christine EDDIE, Parapluies, Editions Alto, 2011 et Editions Héloïse d’Ormesson, 2013

Une semaine au Québec avec Marilyne qui vous présente de son côté le premier roman de Marie-Hélène Poitras, Soudain le Minotaure.

L’avis de Karine grâce à qui j’ai découvert ce roman.

 

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