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Présentation de l’éditeur :

Par désespoir, pour asticoter son monde et surtout pour se venger de son épouse qu’il déteste, Désiré Cordier, petit bibliothécaire retraité de son état, décide de simuler la maladie d’Alzheimer. Bientôt il se prend au jeu et s’amuse des réactions désemparées de sa famille. Il découvre là une liberté qu’il n’a jamais connue et un moyen sûr de s’éloigner de son entourage, et surtout de sa femme qui l’a toujours régenté. Il décide alors de se plonger dans les joies de la démence, la sénilité et l’incontinence… et finit par être interné dans une institution… La maison de retraite lui réserve quelques surprises, comme les retrouvailles avec son amour de jeunesse et la rencontre avec des pensionnaires aussi déjantés que lui.
À travers des portraits féroces et hilarants, Verhulst, qui a un don sans pareil pour rendre le comique tragique, et vice versa, nous livre sa vision douce-amère du mariage.

Soyons honnête, j’ai failli refermer ce livre dès la première page tant la scène scatologique de départ m’a abasourdie et dégoûtée, mais j’ai fait un effort (on ne s’imagine pas l’abnégation que demande ce Mois belge…) et je ne l’ai pas regretté. D’ailleurs, en rédigeant ce billet, je relis les deux premières pages du roman et je me rends compte à quel point elles contiennent le tout en germe.

Bon, il faut s’y attendre, c’est bien barré, quand même : un ancien bibliothécaire qui décide de se faire passer pour un malade d’Alzheimer pour échapper à sa femme, qui simule et surtout va jusqu’au bout de sa comédie en acceptant tous les inconvénients qui vont avec cette maladie, il faut le faire. Dimitri Verhulst ne fait pas toujours dans la nuance non plus : la femme de notre héros est carrément insupportable, son portrait est chargé de vitriol, sans compter les nom et prénom dont il l’a affublée, Monik De Petter, rien de moins, un prénom qui rime avec ‘colique’ et un nom de famille qui rime avec ’emmerdeur’, comme le fait remarquer son mari gâteux. Mais passé l’ébahissement de la première page, je me suis adaptée à l’humour sans dentelle de l’auteur et ma foi, j’ai souvent souri, notamment devant les trouvailles de langage de Désiré Cordier pour tromper son entourage.

Surtout, à travers ce court roman, Dimitri Verhulst lance quelques charges contre la société, sur la manière dont on traite les résidents des homes (il paraît que ça existe vraiment, un faux abribus dans un parc de séniorie), sur les relations avec les malades d’Alzheimer et autres saletés du même acabit. Quelques piques contre la société belge (même s’il n’y a aucune référence à un lieu précis où se passerait le roman) feraient presque croire que ce dernier a été rédigé après les élections de mai 2014 en Belgique, alors qu’il est paru en 2012 en néerlandais, tant les allusions aux mesures affaiblissant encore les couches les plus fragiles de la population sont brûlantes d’actualité. Bien sûr, il ne faut pas s’attendre à une attaque en règle car le roman est bref, je l’ai dit, mais l’acuité et l’ironie du regard font mouche.

Et puis l’émotion et la gravité  ne sont pas absentes : ses proches ont désinhibé leur regard et leur parole, parlant devant lui comme s’il n’était déjà plus là. C’est ainsi qu’il découvre qui est vraiment sa fille et tout ce qu’il a raté dans sa relation paternelle. Il retrouve aussi un amour de jeunesse au home Lumière d’Hiver et peut mettre à profit sa retraite forcée pour réfléchir à la manière dont il a vécu, à ce qui fait la qualité d’une vie : faut-il vivre selon les attentes des autres ou oser larguer les amarres pour être heureux ?

Dans cette traversée de la vieillesse qui le mènera inévitablement de l’autre côté du miroir, Désiré égrènera ses souvenirs comme on jette des petits cailloux pour retrouver son chemin, il aura tout le temps de donner une réponse à cette question, il convoquera même ses connaissances culturelles et littéraires pour aboutir à une fin qui n’aura plus aucun parfum d’ironie. Dimitri Verhulst aura lui aussi prouvé qu’il sait mener une histoire et surprendre son lecteur de bout en bout. En tout cas, ça a bien marché avec moi !

« Je traverse le Styx et j’emporte : un tube de dentifrice (pour le fun), une citation égarée de Joseph Roth, le souvenir merveilleux d’un baiser profond que je n’ai jamais reçu, des miettes de pain, une cosolation meilleure que celle que je peux trouver dans les boules de Berlin, les stances de Tante Hortense… » (p. 69)

Dimitri VERHULST, Comment ma femme m’a rendu fou, traduit du néerlandais par Danielle Loman, Denoël, 2015

Le hasard fait que demain, je vous présenterai aussi un titre qui commence par « Comment… » et de ce jour jusqu’à mardi, je resterai dans le domaine des affaires de couple et de famille !

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