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Présentation de l’éditeur :

Sam a 17 ans et raconte sa vie. Comment elle est née d’une mère handicapée mentale‚ comment elle a pu vivre à ses côtés jusqu’à l’âge de 6 ans‚ combien de nouveaux foyers elle a connu‚ de nouvelles mères bourrées de bonnes intentions et d’amour maternel‚ de psychologues attachantes‚ d’assistantes sociales qui sont sorties de leur rôle…

Comme dans Ne plus vivre avec lui (qui décidément est ma référence en matière de romans jeunesse d’EVa Kavian), Sam, l’héroïne de Ma mère à l’Ouest a dix-sept ans. Et on ne peut pas dire que la vie a été complètement rose pour elle. Mais tenons bien compte de l’avertissement de l’auteur, qui vaut son pesant de cacahuètes : « L’auteur tient à préciser que les personnages de son roman sont totalement fictionnels. L’auteur en profite pour demander au lecteur d’éviter de lui dire qu’il a exagéré en accumulant ainsi les souffrances rencontrées par son personnage principal, avant d’interroger un travailleur social. Et que le lecteur qui a des problèmes avec les histoires qui le renvoient à la chance qu’il a d’être du « bon » côté de la société choisisse directement un autre roman. Celui-ci ne le laissera pas indemne. » Nous voilà prévenus !

En fait, si on lit uniquement les titre de chapitres, on peut se faire une bonne idée de l’histoire de Sam. Mais heureusement il n’y a pas de table des matières, autant découvrir le récit au fil des pages et des émotions. Ma mère à l’Ouest, celle qui donne son titre au roman, c’est Betty, née et abandonnée dans l’heure le soir de la chute du Mur de Berlin. Mais c’est métaphoriquement qu’elle est à l’Ouest : elle est porteuse d’un handicap mental relativement lourd ; placée dans un foyer adapté, elle se trouve enceinte sans le savoir et donne naissance à Samantha (prénom qu’elle lui donne parce que c’est le feuilleton qu’elle regardait au moment où elle accouchait). Maman et bébé sont placées en logement plus ou moins surveillé (parce que ça ne se fait pas, une telle fille-mère dans un orphelinat) : la relation fusionnelle qui s’installe entre Betty et sa petite fille, le pur bonheur physique qu’elles vivent vole malheureusement en éclats quand Sam doit aller à l’école. Ses efforts pour ne pas faire comprendre qu’elle sait lire et compter (oh comme elle sait bien compter, la jeune demoiselle) et ne pas humilier sa mère vont produire l’effet inverse, on va penser que Sam est « maltraitée » et elle va être placée en famille d’accueil. A partir de là, elle va connaître « la bonne mère », « la mère parfaite », « la mère de ses rêves », « la dernière mère »… jusqu’à être elle-même enceinte à l’âge de dix-sept ans et à devoir faire un choix… (Ecrivant cela, rassurez-vous, je ne dévoile rien, on sait dès le début que Sam attend un enfant.)

Personnellement je n’avais pas besoin de l’avertissement d’Eva Kavian : car oui, je pense qu’il existe pas mal d’enfants traînés de familles d’accueil en foyer, pour qui des travailleurs sociaux ont décidé en fonction de critères administratifs, sanitaires, psychologiques stricts, sans se préoccuper de la souffrance terrible qu’ils peuvent engendrer. Il existe des parents d’accueil qui, pour une raison ou l’autre, « rapportent » l’enfant accueilli à l’orphelinat comme on amène un chien dont on veut se débarrasser à la SPA. Il existe des gens comme ceux qu’Eva Kavian met en scène tout au long de son roman, je ne vais quand même pas tout vous raconter, mais attention : Eva Kavian ne juge pas, elle ne condamne pas, elle a un regard lucide sur toutes ces personnes et la distance de l’humour, de l’ironie. Mais qu’est-ce qu’elle a dégusté, Sam…

Heureusement il existe aussi des Pauline, des Carole, des Alexandre, des gens qui recherchent d’abord le bien du jeune à protéger, des gens qui croient à l’autonomie et au mélange des personnes handicapées dans des quartiers ordinaires, qui les accompagnent avec douceur et intelligence, qui respectent leurs besoins affectifs et sociaux. Et il y a toujours Betty, qui a réussi à survivre à la séparation avec Sam…

Ma mère à l’Ouest, c’est un roman émouvant, plein d’amour, de douleur, de bêtise humaine, plein de résilience aussi. Un roman pour les ados et pour les mères et pour tous ceux qui veulent vivre un moment avec la pétillante Sam. C’est du bon, du tout bon Eva Kavian.

Eva KAVIAN, Ma mère à l’Ouest, Mijade, 2012

A propos d’Eva Kavian

Pour ce rendez-vous Jeunesse du Mois belge, c’est une lecture que je partage avec Enna.

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