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Présentation de l’éditeur :

Au gré des moments quotidiens ou des événements exceptionnels se tisse une réalité particulière, celle d’une enfance sur une péniche. C’est un milieu simple où le travail occupe toute la place et que les livres viennent bousculer.

Ce récit raconte l’enfant dans sa construction vers l’âge adulte : sur la péniche, au pensionnat, avec ceux « d’à-terre »… et surtout à travers la découverte de la lecture. Ce cheminement, de l’apprentissage à l’exploration personnelle, nous touche par sa fragilité, ses tâtonnements mais aussi par sa détermination à étancher une soif de découvertes initiée par la lecture.

Le passé avance. Issue de cette matière agitée, hissée par le vivant, je suis née.
Des oubliés m’ont portée à terme. Ma nature profonde en porte les semis, dormants ou prolifiques. La mémoire trace ses sillons, égratigne au passage, s’étrangle ou se répand.

Les livres appartiennent à ces invisibles qui m’ont faite. Ils sont la connivence quand je n’en avais avec personne.  Ils sont le voyage quand je ne pouvais pas encore tenter l’évasion. Ils sont ces parts de moi-même que j’aurais pu ne pas voir. Ils m’ont amenée ici.

Une femme berce son fils d’histoires venues de sa propre enfance sur une péniche. Elle raconte ses souvenirs, la vie à l’étroit mais chaleureuse, la vie au fil de l’eau et des écluses, l’anxiété de trouver du fret à transporter pour vivre, l’intimité trahie par la promiscuité. Le père qui lui apprend à compter, la mère si proche. Les livres qui ouvrent une bulle d’oxygène, d’évasion de cette cabine dont on touche les murs avec les deux mains.

Mais ce qui m’a surtout frappée et touchée, ce sont les séparations de la fillette avec ses parents, si bien marquées par le titre qui n’est pas qu’une comptine enfantine qu’on chante sans réfléchir. Dès qu’ils sont en âge scolaire, les enfants de bateliers vont à terre, dans des pensionnats spécialement faits pour eux, ou dans la famille, chez les grands-parents ou les tantes. La narratrice a souffert physiquement de ces séparations, jusqu’à en être malade, Devenue femme et mère, elle s’interroge sur ce que ressentait vraiment sa mère, qui cachait sans doute son chagrin derrière le « il faut » des contraintes de la vie de batelier.

Il y a une autre coupure dans cette vie d’enfant, brutale, un événement violent, et je me suis demandé pourquoi elle ne semblait qu’un épisode un peu éphémère dans la vie de la narratrice. Heureusement les livres la guérissent de beaucoup de choses. Devenue adulte et sédentaire, elle est à la fois coupée du monde nomade des péniches et indéfectiblement reliée à lui par ces fils d’enfance inoubliables.

Ces coupures, ces blessures d’enfance sombres, cette difficulté à se faire un chemin propre, c’est sans doute ce que veut symboliser Véro Vandegh avec ses dessins sombres, aux visages un peu indifférenciés, lourdement cernés de noir. C’est en tout cas ce que j’y lis. Ils apportent une obscurité complémentaire à l’écriture légère et poétique de Christine Van Acker.

« Un jour, ma mère dit : ‘Ca y est, elle sait lire !’

Soudainement, c’était clair, cohérent.

Comme ça, d’un coup, tombée dedans.

Arrive ce moment où l’enfant accepte de lâcher ça, l’intuition du livre. 

Il cède à la pression.

Il s’ouvre à un monde délivré de l’un de ses secrets. Il entre dans sa nouvelle vie à dos d’alphabet. » (p. 26)

Christine Van ACKER et Véro VANDEGH, Bateau-ciseaux, Esperluète éditions, 2007

Projet Non-Fiction avec Marilyne / A la découverte des éditions Esperluète avec Mina

C’est aussi le rendez-vous Femmes auteurs du Mois belge et je partage cette lecture avec Laeti. Et un tout grand merci, Mina, pour cette jolie découverte.

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