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Quatrième de couverture :

Un homme est alité. Il va mourir, il le sait. Auprès de lui, la femme, le fils, la fille aussi. Des personnages sans nom. Dans les souvenirs de l’homme, le travail à la ferme, Ulriche qu’il a aimée en Allemagne durant ses années de captivité et ses balades dans la campagne avec sa fille. Leur connivence aussi, et leur bonheur à tous deux en pleine nature. C’est à l’hôpital qu’il meurt, loin de sa femme qui y juge sa présence inutile, loin de son fils, toujours saoul, mais près de sa fille qui lui tient la main jusqu’au bout. Voilà comment un homme de la terre passe, en toute discrétion et en une saison, du lit au cercueil.

Michelle Fourez est enseignante et vit à Tournai, une ville belge située à quelques encablures de Lille. Elle est déjà l’auteur de deux romans : «Les bons soirs de juin» (Alinéa, 1992) et «Le chant aveugle» (Éditions Luce Wilquin, 1995).

C’est un tout petit livre (65 pages environ) mais il m’a fait retrouver l’univers familier de Michelle Fourez déjà si apprécié dans Une famille ou Ferveur : la vie d’hommes et de femmes ordinaires, le passage du temps, les relations familiales.

Ce récit, construit en flash-back, conte la vie d’un fermier arrivé à la fin de sa vie : il se meurt d’un cancer, en une saison, ses forces déclinent, l’abandonnent tandis qu’il se remémore les étapes de sa vie, la guerre, le travail forcé en Allemagne, la difficile relation avec son fils, la naissance de sa fille et l’entente qui les lie, elle et lui. Surtout, on comprend l’éloignement bien enraciné entre sa femme et lui, qui aurait aimé profiter d’une retraite bien méritée tandis qu’elle refuse de lâcher une activité dans laquelle elle fait « taire son mal de vivre ». Elle ne connaît que l’hyperactivité, la parole coupante, souvent brutale, elle protège son fils aîné qui a pourtant « mal grandi » et a tourné mal ; lui se réfugie alors dans le silence, la proximité avec la nature et l’entente tacite avec sa fille. C’est cette dernière qui va l’accompagner jusqu’au bout, dans les derniers jours à l’hôpital, quand l’épouse a fini par écarter définitivement l’homme de son univers familier, continuant ainsi à vivre dans le déni de la maladie et de la mort toute proche.

Dans cette famille, aucun personnage n’est prénommé, ce sont « l’homme », « la femme », « le fils », « la fille ». Seule Ulriche, la femme aimée en captivité, celle qui fait à tout jamais partie du passé, porte un prénom.

A contretemps, c’est ce décalage entre les promesses du passé et les liens impossibles à trancher une fois revenu d’Allemagne. C’est ce décalage entre un brave homme simple qui n’a jamais osé prendre sa place et une femme aigrie, peu douée pour la parole et l’affection. C’est ce décalage entre une femme qui continue à vivre ses activités de fermière sans se laisser perturber, ou un minimum, par la maladie grave et un homme qui vit de plus en plus lentement au fur et à mesure que ses forces l’abandonnent. Sa mort aussi est à contretemps, en quelque sorte, lui qui souhaitait tant profiter un peu d’une vie plus légère.

J’ai été très touchée par ce destin d’homme, par cette absence si cruelle de tendresse et par le courage de la fille qui ose elle aussi le contretemps vis-à-vis de sa mère. De tendresse, l’écriture de Michelle Fourez en est remplie, elle qui se tient si proche de son personnage, avec respect et pudeur, en étant attentive aux petites choses croisées en chemin, une fleur sauvage, une lumière sur les champs, un cygne sur un étang. C’était un bonheur de retrouver son élégante simplicité.

« Ce fut là sa dernière aventure. Vers vingt-deux heures il s’approcha de la fenêtre sans rideaux de la chambre, une fenêtre qui donnait sur la pleine campagne. Il se dévêtit sans quitter des yeux les lumières vertes et lointaines de la sucrerie, tout au fond du paysage. C’était l’automne, la saison des betteraves. Il ne pouvait voir ces lueurs sans repenser aux jours anciens où il conduisait avec ses deux chevaux son charroi terreux à la sucrerie. C’était il y a longtemps. » (p. 5)

Michelle FOUREZ, A contretemps, Collection Luciole, Editions Luce Wilquin, 2004

Aujourd’hui nous avons décidé de mettre encore une fois Luce Wilquin à l’honneur, Mina et moi. Elle a choisi le roman de Françoise Houdart, Les profonds chemins.

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