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Présentation de l’éditeur :

Je m’appelle Eugène Ysaÿe. Je suis violoniste. Le Gouverneur m’avait invité au Congo pour donner un concert. Je comptais passer ensuite trois semaines chez mon neveu au bord du magnifique lac Maï Ndombé. C’est ainsi que je fis sa rencontre.
Ne me demandez pas son nom: tout le monde ici l’appelle « Tourne-Disques ». Il pourrait être mon fils… s’il n’était plus noir qu’un café serré. La musique permet des rencontres étonnantes. Celle-là devait me marquer pour toujours. Après tout, je n’avais que 70 ans et encore tant de choses à apprendre !

C’est chez Kathel que j’ai découvert cette BD que je me suis empressée de chercher parce qu’elle met en scène Eugène Ysaÿe, le violoniste et compositeur belge qui fut maître de chapelle et ami de la reine Elisabeth (le fameux Concours Reine Elisabeth s’est d’abord appelé Concoures Eugène Ysaÿe à sa création en 1937).

Voilà donc le maître invité dans la colonie belge, le Congo. Nous sommes en 1930. Un pur épisode de fiction imaginé par le scénariste Zidrou (dont j’ignorais qu’il est Belge) et le dessinateur Raphaël Beuchot, mais qu’elle est plaisante, cette fiction ! Eugène arrive au Congo avec son fidèle Henri(c’est ainsi qu’il appelle son violon, en hommage à son maître Henri Vieuxtemps), la tête échauffée par les bavardages de Robert, son envahissant compagnon de voyage et surtout, le cou en compote, malmené qu’il fut par un avion de l’époque, un vrai tape-cou-cul : complètement hors-service pour assurer le concert de prestige rêvé par le gouverneur colonial ! Ysaÿe part donc se reposer chez son neveu, chez qui il fera la connaissance du fameux Tourne-disque…

J’ai un peu pensé à Madame Livingstone, avec la découverte émerveillée du Congo (ah le contraste entre les ambiances grises de Bruxelles et la lumière de l’Afrique, un peu cliché mais si bien transcrit), avec la mentalité coloniale assez méprisante qui tend à passer sous silence les épisodes peu glorieux de la conquête et des colons, et surtout la rencontre inattendue entre un Congolais et un Belge plein de préjugés. Ce Tourne-disque, à force de veiller religieusement sur la discothèque de son maître, a acquis une sensibilité musicale d’une grande finesse et il a les mots pour dire ses émerveillements face à une oeuvre de Gabriel Fauré. Une connivence naît ainsi, qui survivra à la mort du compositeur en 1931. Il n’y a pas que ces deux-là qui se rencontrent dans ce bel album servi par la ligne claire et les couleurs fraîches et lumineuses de Raphaël Beuchot : d’autres personnages se trouvent ou se retrouvent, preuve que la musique rassemble, qu’elle transcende les différences et les fossés de toutes sortes.

Une belle histoire d’Afrique et de musique, de rêves en couleurs, de lions et de violon. A découvrir.

Raphaël BEUCHOT et ZIDROU, Tourne-disque, Le Lombard, 2014

C’est le rendez-vous BD du Mois belge aujourd’hui.

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