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Présentation de l’éditeur :

Le livre : Cette histoire très simple est celle de la rencontre, sans doute imaginaire, d’un peintre de digue et d’estran, Devaux adore ce terme et d’une sorte de nymphe très mythologique qui apparaît et disparaît comme font les nymphes et les sirènes. Le temps de quelques pages, l’ami Patrick abandonne ses petits poèmes ciselés comme des camées pour un court récit. Sébastien a tout laissé tomber pour venir s’installer à Ostende, face à la mer, et s’adonner à sa passion : la peinture. Il va croiser une jeune femme qui va nourrir ses (dés)illusions. Un texte en prose pétri par les mains d’un véritable poète. © Eric Dejaeger. –

L’auteur : Patrick Devaux est né à Mouscron en 1953, élevé par des grands-parents maternels, artisans entrepreneurs en toiture, lesquels lui ont donné le goût de l’action et de la liberté. Marié, père de Sabine et de Sandra, papy de Jun, Tao et Jimmy. Les rencontres de la poétesse Kathleen Van Melle (1964-1988) et de son père Paul, écrivain et éditeur sont déterminantes dans son parcours littéraire. Une carrière quasi entière dans le secteur bancaire lui a donné le sens et le plaisir des contacts. Écrit, peint et voyage, surtout en Asie, le continent de Bouddha.

Derrière cette belle couverture et sous ce papier épais, se révèle une nouvelle d’une quarantaine de pages, ou plutôt un conte. car la femme qui apparaît et disparaît au gré du vent se confond avec les mouettes à qui on jette du pain. Elle s’appelle peut-être Marine, en tout cas elle inspire les marines que l’homme peint et teinte tantôt de gris et de noir, tantôt de blanc, au gré de ses humeurs, à l’instar des caprices du temps en cette saison automnale.

Se confond-elle avec la grande horloge de la gare ? Habite-t-elle les heures d’une montre chargée de buée et de cris d’oiseaux ? Visite-t-elle le peintre éperdu de solitude au creux des songes de la nuit ? Elle va et vient comme la marée, elle s’enfuit, lointaine et revient on ne sait quand cueillir les trésors laissés par les vagues. Ses cheveux se confondent avec le sable, ses pas laissent des traces improbables sur l’estran…

On le devine, le texte de Patrick Devaux se cisèle comme de la poésie en prose, aux confins du rêve. La solitude et la beauté d’Ostende en hiver creusent de profondes traces en cet homme seul, qui a coupé les ponts avec son passé et qui n’est plus relié qu’à la mer à travers l’estacade.

Un récit frotté de sel et de sable, hanté par les ombres d’Ensor et de Spillaert…

« Le ciel était orangé et la mer lointaine.
La plage, comme absente, avait dû reculer trop fort, trop vite et le brise-lames semblait attendre son retour.
Sébastien marchait face au vent.
Il n’y avait pas de monde en mouvement.
Quasi personne.
Fin octobre tout se fige.
Ostende est orpheline de ses estivants ; le vent chargé de sel et de sable piquant fouette l’allure sou-tenue des encapuchonnés…
Il fit halte sur un banc quand une mouette, alourdie par le pain jeté de l’été, se posa, vociférante, près de lui.
Il pouvait sentir, à travers elle, le parfum salé de la mer.
– Auriez-vous l’heure, Monsieur ?
– Non, je n’ai pas de montre, désolé…
– Du feu, peut-être ?
– Je ne fume pas.
– Moi non plus, c’était pour parler…
Elle avait l’air contente d’elle.
La digue était trempée, accusant la toute fin d’une pluie sur son damier jaune rafistolé. » (p. 13)

Patrick DEVAUX, Les mouettes d’Ostende, Editions Les Carnets du Dessert de lune, 2011

Ce sera mon dernier billet de lecture de ce Mois belge 2015, où la mer a tenu une grande place. Il était normal de revenir à Ostende pour boucler la boucle…

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