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Présentation de l’éditeur :

Susie Moran est une femme de caractère. Elle dirige sa propre entreprise de céramique, qu’elle a fondée quand elle avait une vingtaine d’années. Depuis toujours, chaque décision lui appartient, et elle n’envisage pas qu’il en soit autrement. Chez les Moran, travail et famille ne connaissent pas de frontière. Ses trois filles et l’un de ses beaux-fils ont tout naturellement rejoint l’entreprise familiale. Le retour du vieux père de Susie, après des années d’absence, pousse finalement chacun à s’affirmer, et l’équilibre au sein de la famille part en lambeaux. Le temps est venu pour une redistribution des rôles, à parts égales.

Pour vous inciter à lire ce livre, je pourrais vous dire « oh bien des choses en somme » . Par exemple, que son ouverture est parfaite : comme dans une pièce classique, l’héroïne n’entre en scène qu’au deuxième chapitre après que les personnages (d’abord) secondaires qui l’entourent, ses filles, son mari, aient bien annoncé sa venue et son caractère bien trempé en discutant de sa dernière « lubie », l’achat d’un cottage dans la région des Potteries où elle a créé et dirige sa propre entreprise. Une entreprise familiale, certes, mais florissante. Elle pourrait l’être davantage si on en croit les ambitions de Cara, la fille aînée, et son mari Dan. Mais Susie s’accroche à son pouvoir décisionnel et à ses intuitions de départ.

Suit alors un premier acte où nous faisons connaissance de chacune des filles, des deux gendres, du mari de Susie, de ce qui motive chacun, de leurs énergies, de leurs espoirs, de leurs difficultés relationnelles ou de leurs amour, de leurs complexes, de leurs doutes. Jusqu’à l’arrivée totalement imprévue du personnage qui va bouleverser l’ordre établi : Morris, le père de Susie, parti en Afrique quand sa fille avait à peine un an, le père inconnu (tout comme la mère de Susie, mais elle vient de mourir), le père lâche, le père absent… avec qui Susie ne sait absolument pas comment se comporter. Le père qui va déséquilibrer tout et tout le monde.

Celui qu’on pouvait soupçonner de manipuler les autres au début du roman, pour assurer son petit confort de fin de vie, va finalement permettre à chacun de mettre au jour ses ambitions, ses failles, ses manques, ses désirs. Et le roman avance alors, donnant tour à tour un coup de projecteur sur chacun des membres de la famille. Et Susie est sans doute celle sur laquelle Joanna Trollope envoie le moins la lumière, permettant ainsi à Cara, Ashley et Grace de prendre la place qui leur revient, de même qu’à leurs maris, Dan et Leo et à leur père Jasper. Ce ne sera pas sans mal, sans larmes mais elles y arriveront, avec l’appui très discret d’un Morris qui révèle peu à peu sa personnalité (pas toujours très glorieuse, mais comme il le dit, le passé est le passé et on ne peut plus le changer).

On le comprend, c’est un roman familial, classique dans sa construction, mais il est bien mené par Joanna Trollope qui nous pose subtilement les questions liées au pouvoir et à la concertation, aux relations entre hommes et femmes, à l’amour maternel et paternel, pour ne citer que les plus évidentes. Les personnages sont particulièrement étudiés, ils ont de l’épaisseur, jusqu’à Maisie, la petite-fille très autoritaire de Susie. Ce sont eux qui font avancer l’histoire, qui lui donnent chair et nous arriment au roman. Jusqu’au perroquet Polynesia et ses gros mots !

Mais au-delà de tout ce que je peux vous dire, je retiens surtout que A parts égales m’a fait passer un excellent moment de lecture, il m’a une fois de plus fait goûter le plaisir de découvrir l’histoire originale imaginée par une romancière anglaise, de celles que j’apprécie et que j’ai vraiment eu plaisir à retrouver ici. Si vous craquez à votre tour, prévoyez des litres de thé ou de café, car ils coulent à flots dans le roman. Vous aurez peut-être même envie de vous précipiter en Angleterre pour acquérir une des ces poteries décorées de fleurs et de motifs géométriques, dans le style des pots Susie Sullivan. Vous voilà prévenu(e)s !

Joanna TROLLOPE, A parts égales, traduit de l’anglais par Johan-Frederik Hel Guedj, Editions des Deux Terres, 2015

Un tout grand merci à Alessandra et aux Editions des Deux Terres pour l’envoi de ce livre ! Et dans un peu moins d’un mois, le Mois anglais revient, je me réjouis !

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