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Présentation de l’éditeur :

Dès sa parution en 2011, ce premier roman de Mélissa Verreault a enthousiasmé la critique par l’aplomb de sa voix et son originalité. Il raconte l’histoire d’Ariane, jeune femme d’une génération à la dérive, qui décide de quitter son pays sur le premier vol disponible. Mais arrivée en salle d’embarquement, elle est soudain paralysée, et son voyage devient, sur un mode inattendu, tout intérieur. Défilent devant elle, en petits tableaux, des éclats de son existence volés au hasard des rencontres et des réflexions, vers ce qui devient au fil des pages un persuasif manifeste pour la vie.

Alors que L’angoisse du poisson rouge attend dans ma pile depuis la dernière Foire du livre, je n’ai pu m’empêcher d’emporter ce petit livre lors de ma dernière visite chez TuliTu en juin dernier. Occasion de découvrir la plume de Mélissa Verreault, il s’accorde bien aussi au thème d’une de mes piles de l’été, le voyage. Je l’ai lu début juillet et je le chronique seulement maintenant, mes souvenirs ne sont peut-être plus très précis mais je tiens à vous en parler car c’est une jolie découverte.

L’ambiance générale de ce premier roman semble plutôt à la tristesse : Ariane (la bien nommée) quitte son compagnon et veut quitter son pays aussi, elle est perdue dans un labyrinthe de souvenirs, d’émotions, ne sait à quoi se raccrocher pour rebondir, ou peut-être simplement vivre enfin. Sur le point d’embarquer, elle quitte l’aéroport et s’installe à l’hôtel pour une durée indéterminée. Pendant plusieurs jours, elle arpente la ville, prend des photos, tente des contacts improbables avec des personnes en situation aussi précaire qu’elle, revisite ses souvenirs d’enfance et sa relation à son père et à sa mère. Mine de rien, dans ce voyage intime sans plan préétabli, elle s’allège : tout en faisant l’inventaire de sa valise rouge, elle dépose çà et là les objets « encombrants » de son ancienne vie, et s’allégeant, fait place nette pour mieux se poser, pour réinvestir le réel, pour apprivoiser l’inconnu et l’avenir.

Une leçon de vie que je retiendrai de ce nouveau départ, c’est de ne pas vouloir garder à tout prix ce qui meurt petit à petit, ne pas vouloir forcer les rencontres ni remplir les jours mais se laisser ouvert(e) au hasard, laisser venir les choses, se laisser toucher en toute simplicité et y puiser le juste nécessaire au bonheur du jour. (Ca fait un peu moralisant comme ça, mais je vous jure que le livre ne l’est pas.)

Par petits chapitres, à petites touches, Mélissa Verreault livre le récit de cette renaissance comme on feuilletterait un album photos aux contours un peu flous. Au bout du voyage, c’est la vie qui gagne, éclairant de couleurs nouvelles le destin d’Ariane. Le texte est parsemé de citations découvertes au hasard en librairie, de réflexions tantôt mélancoliques, tantôt douces-amères, mais tellement justes, instantanés poétiques sur l’errance, l’enfance, la vie qui reprend ses droits petit à petit. Une très jolie découverte, oui.

« Je cherche un mot pour résumer ma vie, au cas où elle ne me dirait plus rien. Comment est-ce qu’on dit c’était beau et je recommencerais s’il le fallait en un mot ? J’imagine quelque chose comme bleu. Ca sonne bien, ça sonne grand. Je n’ai jamais pensé au suicide, sinon comme à une preuve de ma liberté. Parce que la possibilité existe, ‘existe encore plus. Si je le décidais, je pourrais le faire : avant qu’il ne me tombe sur la tête, crever le ciel comme une flèche. » (p. 22)

« Cette fois, je pars, et les souvenirs de voyage sont ceux que j’emporte avec moi. Mes mémoires d’ici que je traînerai ailleurs, pour voir si elles survivront. Elles me suivront, ombres, comme un chien, partout. De vieux manteaux que je porterai à l’usure jusqu’à ce qu’il n’en reste que des poussières, qu’ils ne tiennent plus qu’à un fil. Un voyage pour qu’ils deviennent légers, les manteaux. La légèreté est habitude. Un fardeau auquel on ne prête simplement plus attention. » (p. 31)

Mélissa VERREAULT, Voyage léger, La Peuplade, 2011 et Bibliothèque québécoise, 2015

 

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