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Quatrième de couverture :

Lors d’un voyage en train, une rencontre s’esquisse souvent – frôlement d’épaules, furtif échange de regards – sans avoir vraiment lieu. Mais pourquoi renoncer ? Sensibles ou érotiques, histoires d’une nuit ou de toute une vie, ces aventures ferroviaires vous transporteront : l’amour, imprévu, vous attend – peut-être – sur le siège d’en face.

Dans la famille »Voyager en train cet été par les livres » je demande les nouvelles. Voici Transports amoureux, un recueil de six nouvelles en 125 pages et en trois thèmes.

Train de vie, signée par Jean-Christophe Rufin (2011) raconte la rencontre  entre un Français et une Africaine dans un Corail stoppé en rase campagne, au grand dam de la jeune femme, qui « doit » absolument rejoindre son petit ami allemand. Des vies qui se croisent, se tissent, un sens à donner à la vie de l’un, une vie à transmettre pour l’autre… l’attention à l’autre différent, le mélange des cultures, les valeurs de vie… autant de thèmes chers à Rufin que l’on retrouve dans cette nouvelle à l’écriture classique, élégante, qui m’a beaucoup plu.

J’ai découvert Serge Joncour avec La passagère du siège d’en face (2008) : nous sommes toujours dans un compartiment de Corail, où un voyageur passe son temps à imaginer qu’il séduit sa voisine et à deviner les pensées bien sûr toutes consentantes de celle-ci. Une nouvelle basée sur les non-dits, à l’écriture chargée, coulant à flots en longues phrases : un procédé qui m’a semblé un peu artificiel mais qui correspond peut-être au sujet : les pensées supposées vont-elles déboucher sur quelques chose de réel à la fin du voyage ?

Après le type de train, Guy de Maupassant et Emmanuel Carrère se concentrent sur la voyageuse. Le premier raconte comment deux amis doivent implorer la grâce de Ce cochon de Morin, qui, émoustillé par son séjour célibataire à Paris, a « agressé » (au sens de l’époque) une jeune institutrice qui ne se montrera pas si farouche que ça avec un des deux compères. C’est vif, enlevé, très plaisant. L’usage du « Monde », extrait d’Un roman russe, met en scène une femme qui rejoint son amant écrivain en train. De Paris à l’Ile de Ré, la dame lira une nouvelle écrite par le monsieur, qui l’invite à un voyage érotique, intime, osé… alors qu’elle n’est pas la seule à lire Le Monde dans le train. C’est, comme l’explique l’auteur (Carrère et/ou son personnage), de l’écriture performative, qui accomplit ce qu’elle énonce simultanément. C’est bien écrit mais ce n’est pas mon genre de prédilection.

 

Tout est dans le regard avec Bonheur d’aiguillage, de Jean-Marie Laclavetine (2003) : au temps lointain où les barrières de passage à niveau se manipulaient encore à la main, un jeune hommes naïf assiste à une dispute terrible entre un homme et une femme dans le train Paris-Varsovie arrêté en plein passage à niveau et en pleine nuit. Une nouvelle à la fois noire et ironique, assez réjouissante dans son second degré.

Enfin, Faisane dorée, de René Depestre (1990) est aussi une nouvelle érotique qui se passe en Chine. Rencontre entre un visiteur étranger et une guide chinoise où l’épopée de Mao Tsé Toung est présentée comme une métaphore de la conquête amoureuse et de l’acte sexuel. Si j’ai bien compris… Je confirme, ce n’est pas du tout mon genre préféré et je n’en retiens pas grand-chose… Le lecteur intéressé sera heureux d’apprendre qu’un lexique des expressions érotiques chinoises lui est livré en fin de nouvelle.

Et c’est la fin de ce premier et bien intéressant voyage en train !

Transports amoureux Nouvelles ferroviaires, Gallimard, Folio 2 euros, 2015

 

 

 

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