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La Quatrième de couverture propose la première partie de ce texte à quatre mains proposé intégralement sur le site d’Esperluète:

sous le voile noir
le photographe
ébloui

J’ai photographié le présent. Le présent n’est pas que l’instant de la prise de vue, le présent est aussi les deux pommes ou le sentier ou la montagne ou Sara trouvés devant moi. Je me pose souvent la question du pourquoi et du comment ils se sont offerts à ma boîte obscure. Ces instants sont éternels.

le soleil aveugle
la page blanche
où je trace un chemin

Le verre dépoli est le lieu où se rencontrent le monde tangible, palpable, et mes aspirations, mes rêves. A sa surface intouchable, au compte-fil, je pince un à un tous les rayons de lumière. L’image que j’obtiens sur le papier sensible est l’inénarrable métaphore, où je viens lire le dialogue secret entre deux mondes.

la voix murmure
et s’éteint
silence le noir est paisible
là où personne ne pénètre
quelqu’un attend

Serge Meurant
Jacques Vilet

——–

La photo de couverture de ce recueil à quatre mains, les unes poétiques, les autres photographiques, a été prise en Provence, à Fontvieille. Ce mur aux lignes obliques et horizontales me semble une métaphore de la rencontre entre les deux auteurs : c’est le même mur mais les deux parties en sont bien distinctes, comme les photos et les textes qui se succèdent en groupes bien séparés. A la fois nu et marqué de fines zébrures, comme les marques du temps ou des personnes qui se sont arrêtées là, il augure bien de la démarche proposée par les deux artistes : le photographe semble accueillir la richesse du sujet, du présent offert à son objectif tandis que les mots se coulent avec parcimonie sur la page blanche en vers courts, comme s’ils étaient ouverts eux aussi à l’inattendu de la rencontre.

Quatre thèmes, quatre chemins nous sont proposés par Jacques Vilet, du quotidien des visages et des objets aux paysages et panoramas. Un index des photos, toutes en noir et blanc, est disponible en fin d’ouvrage. Si les portraits d’enfants et les « silences » d’adultes sont « posés », ils offrent cependant le mystère d’une moue enfantine, la profondeur d’une intériorité, la poésie d’une lumière. Les objets ou paysages du quotidien constituent des natures mortes épurées avant que notre regard s’élargisse sur des paysages extérieurs aux lumières changeantes.

Les poèmes de Serge Meurant en contrepoint sont épurés. En strophes courtes et en brefs vers libres, ils racontent des instants fugitifs, des plongées dans l’enfance, des échos intimes, au croisement des chemins et des lumières.

l’enfant précipice 

retourne en moi

commencement et fin

je me parle en lui

volubile sans voix

je me plains et jubile

ne laisse pénétrer

personne

dans la chambre secrète

que personne

ne te surprenne

à sourire

en cette solitude

sans secours

Chemin pour une fuite

jonché de branches

la lumière miroite là-haut

griffe l’air

de ses hampes

plusieurs

prirent la fuite

par l’étroite trouée

Serge MEURANT et Jacques VILET, L’orient des chemins, Esperluète éditions, 2012

A la découverte des éditions Esperluète avec Mina qui a elle aussi présenté cet ouvrage, parfait pour mes balades d’été. Marilyne a apprécié aussi.

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