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Prose du transsibérien

Dédiée aux musiciens

[…]
 » Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? « 

Les inquiétudes
Oublie les inquiétudes
Toutes les gares lézardées obliques sur la route
Les fils télégraphiques auxquels elles pendent
Les poteaux grimaçants qui gesticulent et les étranglent
Le monde s’étire s’allonge et se retire comme un accordéon qu’une main sadique tourmente
Dans les déchirures du ciel, les locomotives en furie
S’enfuient
Et dans les trous,
Les roues vertigineuses les bouches les voix
Et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses
Les démons sont déchaînés
Ferrailles
Tout est un faux accord
Le broun-roun-roun des roues
Chocs
Rebondissements
Nous sommes un orage
Sous le crâne d’un sourd…

 » Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre ? « 

Mais oui, tu m’énerves, tu le sais bien, nous sommes bien loin
La folie surchauffée beugle dans la locomotive
La peste le choléra se lèvent comme des braises ardentes sur notre route

Blaise CENDRARS

Photographie de Xavier Voirol (Une si lente absence, d’Eric Faye et Xavier Voiron, éditions Le Bec en l’air)

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