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Quatrième de couverture :

D’abord il y a un salon de coiffure. C’est de là que Vicente, le taciturne, observe. Il observe les ouvriers qui démontent les rails. Des rails qui ne conduiront plus à ce bourg perdu, loin de Buenos Aires. Des rails qui laisseront une balafre dans la terre comme dans les têtes. Ensuite il y a le Don Pedrín, ce bistrot où l’on commente. On commente le film projeté dans l’unique cinéma, et le passé… Pourquoi la Negra a-t-elle pris un jour le train pour Buenos Aires et n’est jamais revenue? Elle avait des jambes sublimes, la Negra Miranda, de quoi faire tourner la tête des jeunes hommes, de quoi rendre fou de jalousie un mari policier… À soi-même ou à d’autres, chacun dit ce qu’il sait, les souvenirs estompés, l’abandon, la vengeance. Et c’est seulement à la dernière ligne que tout prend sens.

Dernier train pour Buenos Aires est un roman très court (91 pages) dont l’auteur resserre peu à peu les noeuds jusqu’à la révélation finale qui permet de comprendre les liens entre Ramon Folcada, Vardemann, Miguelito Barrios et Bicho Souza, les quatre protagonistes mâles de ce drame. Quant à la Negra, celle qui a fait tourner toutes les têtes, elle plane tel un fantôme sur cette histoire sombre.

Pour installer ce climat étouffant, Hernan Ronsino joue sur la « densité » des quatre parties qui se situent chacune dans une année clé de l’histoire de l’argentine depuis 1946 et l’élection de Peron (heureusement des repères chronologiques sont fournis en fin de roman pour comprendre les allusions un peu elliptiques aux événements historiques) : la première partie se déroule en chapitres très courts, la deuxième voit ses pages s’allonger, la troisième propose un récit aux nombreux paragraphes encore séparés par des interlignes doubles tandis que la dernière développe d’un seul souffle une confession en plusieurs pages. L’auteur joue aussi sur les répétitions d’une phrase ou d’une page à  l’autre, un procédé qui m’a un peu donné le tournis à la longue (mais très efficace du point de vue de l’étouffement recherché).

Le présent garde les traces et les sentiments indélébiles des passions du passé, qui se sont tissées sur fond de troubles politiques et militaires. Des passions et une noirceur intéressantes, certes, mais qui ne me laisseront sans doute pas un souvenir ineffaçable, je dois l’avouer.

« Un jour les trains cessent de passer. Et puis vient une équipe d’ouvriers. Six ou sept hommes descendent d’un camion, avec des casques jaunes. Ils commencent à démonter les voies. Je les regarde d’ici. Je les regarde travailler. Ils travaillent jusqu’à six heures. Ils s’en vont avant que sortent les ouvriers de la Glaxo. Ils laissent de grands fûts enflammés, pour dévier la circulation. Quand ils s’en vont, je ferme le salon de coiffure. » (p. 11)

Hernan RONSINO, Dernier train pour Buenos Aires, traduit de l’espagnol (Argentine) par Dominique Lepreux, Liana Levi, 2010

Une semaine en Argentine avec Marilyne qui présente aujourd’hui Ton avant-dernier nom de guerre de Raul Argemi.

Et un cinquième titre pour le challenge d’Eimelle

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