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Quatrième de couverture :

Dans la ferme de l’Indiana qui l’a vue grandir, Constance jouit enfin, auprès de son compagnon, d’un bonheur tranquille. Mais lorsque la guerre de Sécession éclate et que Bartholomew est appelé à rejoindre les rangs de l’armée de l’Union, c’est elle qui, travestie en homme, prend sans hésitation, sous le nom d’Ash Thompson, la place de cet époux que sa santé fragile rend inapte à une guerre qu’elle considère comme impensable de ne pas mener.
Ayant perdu la trace de son régiment après une bataille féroce où elle a été blessée, Constance, la rebelle, dépouillée de son uniforme, reprend, au sein de paysages dévastés, le chemin de la ferme, guidée par l’amour infini qu’elle porte à son bien-aimé mais profondément hantée par la violence et l’étrangeté des aventures qui ont marqué sa périlleuse initiation à l’univers impitoyable des champs de bataille et à leurs sordides coulisses.
Abondant en rencontres aux frontières du réel avec les monstres que la guerre fait des hommes et des lieux, ce roman magistral, largement salué par la presse américaine, propose, à travers le parcours de son androgyne et farouche protagoniste immergée dans les ténèbres du chaos, une impressionnante méditation en forme d’épopée sur la fragilité des certitudes et l’inconstance de toute réalité.

Voilà un roman étrange et fascinant, dans lequel on peut avoir l’impression de se perdre, de tourner en rond, d’être ballotté(e) au gré du bon (et souvent du mauvais) vouloir des hommes…

J’ai d’abord été fascinée par cette femme, Constance Thompson, qui prend le chemin de la guerre pour (croit-on) prendre la place de son mari, son Bartholomew, de santé trop fragile. Et elle n’a pas froid aux yeux, celle qui se fait appeler Ash Thompson et que son habileté au tir fait devenir bientôt un soldat presque mythique, Gallant Ash. Combats, ennui pendant les temps morts, longues marches, blessures, promiscuité, Gallant Ash n’ignorera rien des réalités de la guerre. Jusqu’au jour où elle tombe aux mains de l’ennemi. Commence alors une errance qui la ramènera dans ses lignes, la conduira aux portes de la folie en lui faisant à nouveau endosser une robe. Le chemin du retour est long, émaillé de rencontres improbables, bousculé entre rêves et fantasmes, hanté des visages de Bartholomew et de la mère de Constance. C’est dans ce retour interminable, labyrinthique, que nous devinons à petites touches les véritables raisons qui ont poussé la jeune femme à quitter sa ferme et son mari pourtant très aimé.

Ce roman de Laird Hunt (je croyais que c’était une femme mais il n’en est rien) est traversé de violence, tantôt franche, tantôt feutrée, violence et désorientation de la guerre civile, violence envers les faibles et surtout les femmes, qui, dans ce contexte de guerre, dans ces années incertaines de la Sécession, prennent des chemins étonnants pour exister, pour résister. A quel prix… A ce titre, la fin du roman a été tout à fait inattendue pour moi : Laird Hunt n’a pas craint de pousser son héroïne jusque là…

Oserais-je faire référence à un de mes romans cultes, lui aussi publié chez Actes Sud ? Les errances, les fantasmes, la souffrance de Constance m’ont fait penser à celle d’Aaron et Sidner (des hommes de ce côté) de L’Oratorio de Noël de Göran Tunström. Des héros broyés par le destin, qui naviguent entre rêve et réalité, entre folie et désespoir, mais qui trouvent des ressources pour se relever et avancer, certainement pas en ligne droite, et qui offrent au lecteur des personnages inoubliables, des récits habités. Ce roman ne plaira sans doute pas à tout le monde mais si vous vous sentez prêt(e) à suivre Constance sur la route, laissez-vous prendre par la main (sans craindre d’être rudoyé…)

« Dans l’ancien temps il y avait des Indiens ici. Des Miami, des Illini, va savoir, ou peut-être de la tribu des Shawnee. Ils avaient leur camp qui se trouve sur la butte qui se trouve en plein milieu du champ de devant. De temps en temps je déterre encore une pointe de flèche. Dans notre terre, il y a des coquilles d’huîtres venues d’eaux très lointaines. Des os d’ours ciselés, et de loup. Quand j’étais petite et que ma mère me laissait filer, je courais jusqu’à la butte avec un bandeau à plume sur la tête. Je crois bien avoir entraîné un ou deux ais à jouer avec moi au fil des ans. On ne peut rien trouver dans la terre qui vous rapproche du passé véritable, mais l’enfant, au crépuscule, tout à sa danse parmi les tiges de blé coupées, sait le faire apparaître. L’enfant que j’ai été a depuis longtemps disparu mais je me rappelle certaines de ses astuces et, de temps à autre, je ramasse une plume perdue dans la cour et je sens une étincelle. Alors les champs semblent bouger. L’air se fait pesant et s’emplit de feux et de visages douloureux. » (p. 72)

Laird HUNT, Neverhome, traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut, Actes Sud, 2015

Tiens, c’est le premier roman de la Rentrée 2015 que je lis et le dernier que je chronique pour le Mois américain de Titine ! Remarquable aussi : livre acheté il y a seulement deux semaines et déjà chroniqué, héhé.

Le billet de ptitlapin et de Kathel (publié le 26 octobre)

Mois américain

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