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Quatrième de couverture :

Terezin, République tchèque, décembre 1941.

Bedrich arrive dans la ville-ghetto avec femme et enfant. Il intègre le bureau des dessins.

Il faut essayer de trouver chaque matin un peu de satisfaction en attrapant un crayon, jouir de la lumière sur sa table à dessin, pour enfin s’échapper du dortoir étouffant, oublier la faim, la fatigue et l’angoisse.

Chaque jour se succèdent commandes obligatoires, plans, aménagements de bâtiments.

Chaque nuit, le groupe se retrouve, crayon en main, mais en cachette cette fois. Il s’agit de représenter la réalité de Terezin sans consigne d’aucune sorte.

Et alors surgissent sur les papiers visages hallucinés, caricatures. Tout est capté et mémorisé la nuit puis dissimulé précieusement derrière cette latte de bois du bureau des dessins.

Avec ce récit, je découvre la plume d’Antoine Choplin. Et l’existence de l’artiste caricaturiste Bedrich Fritta. Et aussi la réalité du camp de Terezin, que je ne connaissais que de nom, un parmi les sinistres noms de lieux où la barbarie nazie a été poussée à l’extrême. Un camp que l’on voulait faire passer pour une ville-ghetto où les prisonniers juifs étaient bien traités, comme on a voulu le faire croire à la Croix-Rouge danoise qui a exigé de visiter le camp en juin 1944.

Mais inutile de chercher des détails historiques, des faits concentrationnaires précis dans le livre d’Antoine Choplin : la privation de liberté, la faim, les mauvais traitements, les coups sont plutôt évoqués par petites touches, sous une plume qui se fait pinceau ou crayon. Regard de peintre qui rend compte des violences faites aux hommes en observant le jeu des ombres et des lumières, les couleurs ternes, les traits dessinés sur l’horizon par la silhouette des arbres (j’ai particulièrement apprécié la construction qui inclut toute l’histoire entre deux arrivées en train où Bedrich observe les arbres près de la gare ou entre les planches du wagon). Une écriture poétique, sensible, qui évoque aussi en creux, comme le titre, la place et le rôle de l’artiste face à une dictature aveugle.

J’ai apprécié cette lecture mais il m’a peut-être manqué malgré tout un peu d’émotion ou de précision (même si je comprends, comme je l’ai expliqué plus haut, la manière d’écrire de l’auteur). Si je n’avais pas lu le billet de Choco bien avant de commencer ce livre, je n’aurais peut-être pas aussi bien saisi les enjeux de ce camp de Terezin (le livre en cours comble cette lacune). J’ai quand même aimé cette lecture, ainsi que le personnage de Bedrich, ferme, solide, entraîné vers le néant avec ses camarades dessinateurs par des forces abjectes.

« Bedrich pense que Johanna elle aussi construit en elle-même un petit monde autour de la maison. Parfois il est tenté de l’interroger sur ce qu’elle imagine là-bas et de s’installer un moment avec elle dans ce lointain confortable. Mais il éprouve aussitôt l’impudeur du premier mot qui serait prononcé et qui sonnerait avant tout la promesse d’une douleur, celle d’avoir à revenir se poser dans le réel d’ici. » (p. 85-86)

Antoine CHOPLIN, Une forêt d’arbres creux, La fosse aux ours, 2015

Les avis de Marilyne et de Choco, qui vous présente plusieurs dessins originaux de Bedrich Fritta.

« Nazisme, entre ravages et résistance » : troisième titre. Et la découverte d’Antoine Choplin dont deux romans précédents m’attendent dans la PAL !

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