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Quatrième de couverture :

1979. Paolo et Luisa prennent le même bateau, chacun de son côté, pour se rendre sur l’Île. Mais ce n’est pas un voyage d’agrément, car c’est là que se trouve la prison de haute sécurité où sont incarcérés le fils de Paolo et le mari de Luisa. Ce dernier est un homme violent qui, après un meurtre commis sous le coup de la colère, a également tué un surveillant en prison, tandis que le premier a été reconnu coupable de plusieurs homicides politiques sur fond de révolution prolétarienne. L’homme et la femme ne se connaissent pas, Paolo est professeur de philosophie, mais il n’enseigne plus ; Luisa, elle, est agricultrice et élève seule ses cinq enfants. À l’issue du voyage et de la brève visite qu’ils font au parloir de la prison, ils ne peuvent repartir comme ils le devraient, car le mistral souffle trop fort. Ils passent donc la nuit sur l’Île, surveillés par un agent, Pierfrancesco Nitti, avec qui une étrange complicité va naître. Pour ces trois êtres malmenés par la vie, cette nuit constitue une révélation et, peut-être aussi, un nouveau départ.
Avec Plus haut que la mer, Francesca Melandri livre un deuxième roman incisif et militant, une superbe histoire d’amour et d’idées qui est aussi une subtile réflexion sur le langage, celui de la politique et celui du monde dans lequel nous vivons.

Ce roman vous saisit dès les premières pages par la beauté de la langue (et donc de la traduction, bravo à Danièle Valin) et par l’atmosphère de tragédie qui épouse et tranche à la fois avec la beauté de la nature environnante. La mer, une île, des parfums envoûtants (« Elle sentait le sel de mer, le figuier, l’hélichryse. » – p. 17), des oiseaux, un homme et une femme, un gardien. Le décor est planté. Et Francesca Melandri nous entraîne petit à petit sur les chemins de cette Ile qui « abrite » une prison de haute sécurité, les chemins qui mènent à cette île, les hommes qui y vivent. Elle nous livre aussi sa relecture des années de plomb en Italie, quand le terrorisme plongea les familles des victimes, des coupables, et le pays tout entier dans l’horreur.

Mais ce roman n’est pas essentiellement un documentaire sur ces faits et ceux qui les ont vécus. Comme je l’ai déjà écrit, ce sont les premières pages qui donnent peut-être la clé de lecture : cette île qui abrite de grands criminels récidivistes et des gardiens qui ne sont pas moins durs qu’eux offre en même temps une nature à la fois hostile et ensorcelante. C’est là que se joue l’essentiel du roman : la rencontre entre Paolo et Luisa, la rencontre entre deux souffrances, deux solitudes, sous le regard du gardien Pierfrancesco Nitti. Une rencontre qui va ouvrir quelque chose qui ressemble à de l’apaisement, comme les mots justes que l’on peut mettre sur les blessures. Ce sont peut-être les parfums de l’île qui ouvrent ce nouveau chemin. Qui permettent aux mots de se dire, de s’exprimer ou de se redresser dans le secret des consciences et des émotions.

Simplicité et justesse de ton caractérisent l’écriture et l’univers de Francesca Melandri. Il est difficile de parler avec justesse de son deuxième roman, alors tout simplement : lisez-le !

« Ni Paolo, ni Luisa n’avaient donc jamais imaginé leur propre corps nu à côté de celui de quelqu’un d’autre. Mais il y avait aussi autre chose qu’ils n’avaient jamais su. Qu’il pût exister un amour loin de la terre ferme du quotidien, à des milles et des milles de la côte des projets. Un amour qui, tel un bateau de haute mer, est seulement entouré d’une étendue infinie de caps possibles que pourtant, on le sait déjà, ni les circonstances ni le temps ne permettront d’explorer. Et cependant, il n’est pas moins réel, moins profond que les amours solidement ancrées au rivage.

Un amour de haute mer. » (p. 182-183)

Francesca MELANDRI, Plus haut que la mer, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, 2015

Les billets (tous enthousiastes) de Dominique, Kathel, Marilyne et Krol

Le Mois italien chez Eimelle

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