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Quatrième de couverture :

« J’ai une double vie depuis un an.

J’ai glissé dans cette situation sans opposer de résistance.

Je passe la semaine avec Alix à Paris et je retrouve ma femme et ma fille le week-end à Marseille.

Quand je suis heureux je n’ose plus bouger. Je me fais penser au chien de ma grand-mère qui se transformait en statue quand le chat le léchait.

Qu’est-ce que j’attends ?
Qu’on prenne une décision à ma place ? Un drame ? »

Quelques heures avant de partir à New York fêter Noël en famille, un homme de 54 ans s’enferme dans son bureau pour faire un choix : quitter sa femme ou sa maîtresse.

Je ne pensais pas aimer autant ce roman qui nous transporte dans le mental d’un homme de 54 ans qui prend le temps de se poser pour prendre sa décision : quitter sa femme ou sa maîtresse. Au fil des 174 pages, il convoque ses souvenirs, ses sensations, ses sentiments. Comment il a rencontré Alix, de 23 ans sa cadette et est devenu son amant. Comment il partage sa vie entre Marseille, où il passe les week-ends avec sa femme, belle, aimante, sa fille de 14 ans et son père vieillissant, et Paris, où il travaille et où il vit chez sa maîtresse depuis bientôt un an. Comment cette double vie s’est mise en place de façon finalement très simple et comment elle paraît presque parfaite, harmonieuse. Mais au bout d’un an, au moment de Noël, le temps paraît venu de choisir, de prendre une décision. C’est donc sans doute que cet homme n’est pas comblé par cette situation.

C’est étonnant et épatant comme Diane Brasseur (qui vient du cinéma où elle est scripte) se met dans la tête de cet homme. On pourrait le trouver parfait salaud, pour l’une comme pour l’autre des deux femmes, mais au contraire, il est difficile de le juger, il devient même attachant dans ses tiraillements. En réalité, il est fidèle à l’une et à l’autre, on aurait envie que cette double vie si bien étanche continue sans accroc. Mais aucun des personnages n’y est vraiment heureux. Quelle décision prendra-t-il à la fin ? Parviendra-t-il même à en prendre une ? Difficile à dire…

Dans ses schémas mentaux cet homme imagine beaucoup de choses, ce que fait sa maîtresse quand il n’est pas là, comment elle l’attend, si sa femme se doute qu’il la trompe… Il passe de l’une à l’autre sans cesse. C’est douloureux. C’est vain aussi, d’une certaine manière. Mais c’est extrêmement touchant.

Il est aussi beaucoup question du désir, évidemment. Le sien, celui de sa femme, celui d’Alix (la seule nommée, serait-ce un signe ?) Je ne croyais pas que ces pages-là me plairaient autant dans leur érotisme un peu cru. Il faut dire que l’écriture de Diane Brasseur est simple, fluide, que son minimalisme apparent convient à merveille à l’évolution des pensées de cet homme. J’aime quand l’absence d’émotion dans l’écriture provoque celle-ci, lui permet de se déployer. De ce point de vue et par le traitement original de son sujet, ce premier roman est une réussite.

« J’ai 54 ans et, depuis un an, je trompe ma femme avec une autre femme, une femme plus jeune que moi, une jeune femme qui a vingt-trois ans de moins que moi.
Je voudrais qu’ils aient tort, ceux qui penseront : « Et alors ? Ce sont des choses qui arrivent au bout de dix-neuf ans de mariage. »
Ceux qui auront de l’empathie pour moi parce qu’ils ont vécu cette situation, ceux qui tenteront une explication psychologique.
Je voudrais les empêcher de faire le calcul : « Quel âge auras-tu quand elle aura 37 ans? »
Je voudrais qu’ils aient tort, ceux qui nous regardent un peu trop longtemps dans la rue, au parc, au restaurant.
Ceux qui m’adressent un sourire complice et viril comme si j’étais au volant d’une belle voiture. Je ne serais pas surpris si, un de ces jours, je recevais une tape amicale dans le dos. » (p. 7-8)

Diane BRASSEUR, Les fidélités, Allary Editions, 2014

L’auteure parle de son livre ici.

Deuxième lecture sur le thème de l’infidélité

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