Étiquettes

, , , , ,

Présentation de l’éditeur :

Tandis qu’elle rend visite à sa mère à l’hôpital psychiatrique, une femme se remémore l’agonie et la mort de son père survenues un an plus tôt. Entre la chambre blanche, où elle se bute au silence de sa mère, et la chambre bleue, où elle a accompagné son père jusqu’à son dernier souffle, se déploie un espace que Lise Tremblay parcourt pour retracer la vie de ses parents. Leur enfance au chemin Saint-Paul, marquée par la misère et par la folie, puis leur vie, où chacun tentait d’échapper à d’anciennes blessures.

Avec cette double cérémonie des adieux, Lise Tremblay nous livre un récit aussi bref que poignant, où elle dénoue avec une infinie délicatesse les liens qui nous unissent à ceux qui nous ont donné la vie.

 

Je parlerai brièvement (je crois !) de ce livre si personnel parce que je risquerais de le déflorer avec mes gros sabots.

C’est à la fois le récit nécessaire d’une femme qui exprime son deuil et exorcise ses drames familiaux par le biais d’un livre et le récit qui dit la source de son « métier » d’écrivain.

Dans la chambre blanche, celle d’un hôpital psychiatrique, elle est face à sa mère, qu’elle observe et dont elle tente toujours instinctivement de se protéger. Elle évoque l’enfance de la mère, dans la maison en bardeaux, une enfance habitée d’une violence qui explique la folie de la vieille femme dont on a forcé le destin.

Dans la chambre bleue, dans une maison de soins palliatifs, elle accompagne son père, qui a décidé de se séparer de sa femme pour vivre ses derniers jours. Son enfance à lui n’est pas loin non plus, dans la maison du chemin Saint-Paul, une enfance pauvre mais bien plus douce, qui a forgé le caractère de ce père dont elle se sent si proche. C’est cette maison-là qu’elle a choisie, on le devine aisément.

Les mots donnent chair à ces deux parents, redonnent vie et sens à leur existence. Des mots parfois arrangés en un discours qui permet à la fille de se protéger, des mots parfois étrange(r)s, des mots solidaires face à la mort. Des mots qu’elle a tenté de mettre sur les choses, des mots prononcés pendant très longtemps « dans les pièces aux lumières tamisées ». Le rythme des phrases accompagne les sentiments, tantôt bref, haché, tantôt fluide, déployé. Au final, les mots, qu’ils soient fictionnels ou intimes, apportent une forme de compréhension et d’apaisement à Lise Tremblay. J’ai particulièrement aimé la justesse et la douleur contenue de son récit.

« Pendant des années, dans les pièces aux lumières tamisées, j’ai mis des mots sur la folie de ma mère, sur sa maladie, des mots qui, peu à peu, ont fini par me pacifier. Et il y a eu les livres, ceux que je lisais et ceux que j’écrivais. Mais chaque mot, chaque livre m’éloignait de la maison en bardeaux, de ma mère, de ses crises de colère, des injures, de sa jalousie. Les mots m’éloignaient de ma peine et de ma honte. Les mots consolidaient chaque jour mon exil. Je n’avais pas imaginé que je devrais revenir, que la mort et l’âge me feraient revenir, que sa folie me ferait revenir et qu’encore une fois, il faudrait des mots et qu’encore une fois, il me faudrait affronter ceux de la maison en bardeaux. » (p. 56-57)

Lise TREMBLAY, Chemin Saint-Paul, récit, Boréal, 2015

Merci, Martine !

L’avis de Karine

Publicités