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Présentation de l’éditeur :

C’est arrivé peu après la mort de la mère. Blanche n’a plus parlé. En dernier recours, le père l’a confiée à Annie, qui vit dans une petite maison, loin de la ville. Un robinet qui fuit, l’odeur du pain qui cuit, un renard aux aguets sous le saule, un cheval dans l’enclos, les cerfs cachés entre les arbres, un amoureux inquiet dans la menuiserie, les silences compliqués et ceux qui sont simples comme l’air… Là-bas, entre la prairie et la forêt, entre Annie et son homme, Blanche retrouvera peu à peu le chemin des mots.

Veronika Mabardi explore dans son premier roman les thèmes qui lui sont chers : la parole qui guérit, l’enfance et la nature, les filiations qui nous construisent… Alexandra Duprez l’accompagne de ses dessins. Leurs univers se croisent à merveille et une véritable connivence formelle se construit, entre elles deux, au fil des livres et du temps.

Blanche ne parle plus depuis la mort de sa mère, alors son père et son frère, qui ne savent que faire pour guérir la petite de sa détresse, la confient à une femme qui vit à la campagne, une ancienne institutrice. Annie est volubile (ce moulin à paroles cache une anxiété, un manque que nous découvrons petit à petit) mais ses milliers de mots vont sans doute aider Blanche à sortir du mutisme.

« C’est peut-être ça. Les mots informulés, dont on perd le contrôle aussitôt qu’on les a mis en route, des phrases dont le mouvement s’empare de vous pour vous faire voler en éclats. Une vérité intime irrecevable ? La petite saurait quelque chose qu’elle refuse de formuler, qui la mettrait en danger de fragmentation ? Depuis quand ? A quel moment est-ce qu’elle s’est tue ? Tuée. Tue. Une lettre fait la différence, est-ce que ça a un sens, ou est-ce un pur hasard de sonorités ? Ce soi-disant hasard qui préside aux rencontres ? Annie ne comprend plus rien et Monamour rit. » (p. 52-53)

Les mots d’Annie mais aussi (surtout) la relation qui s’établit peu à peu entre la petite fille et « Monamour », le presque fiancé d’Annie. Alors que le propre père de Blanche ne trouve ni les mots ni les gestes pour qu’elle traverse le deuil, alors qu’Annie va un peu perdre les pédales devant ce compagnon insaisissable, c’est lui, Ian, qui parvient à ancrer l’enfant, à l’arrimer à la vie, à lui redonner le goût de rire, de parler, le temps d’un été et d’un automne. Peut-être parce qu’il est sensible à la présence de la mort dans le quotidien.

Il n’y a pas que cet homme : la nature, la forêt dans laquelle on peut se perdre mais qu’on peut apprivoiser peu à peu, les cerfs qu’on entend crier d’amour en ce mois de septembre. « Les cerfs, ils perdent leurs bois au printemps, mais les bois ça repousse. Sauf si on n’a plus besoin de se battre, ou d’aimer. Alors il chuchote un truc qui intéresse Blanche : quand on coupe le sexe des cerfs, qu’on les empêche d’aimer, leurs bois ne poussent plus. Ils deviennent des ombres. Ils ne crient plus. » (p. 172)

Un seul petit bémol : le personnage d’Annie semble abandonné à sa souffrance à la fin, on ne sait ce qui adviendra d’elle, en bien ou en mal. Mais que de trésors symboliques dans ce premier roman à l’écriture fine et poétique. Je n’ai pu m’empêcher de penser au Petit Prince de Saint-Exupéry, au Petit Chaperon rouge de Myriam Mallié et aussi aux Trois lumières de Claire Keegan. De leurs entrelacs en gris, noir et blanc, les illustrations d’Alexandra Duprez dialoguent avec le texte de Véronika Mabardi avec beaucoup de finesse.

Une belle réussite des éditions Esperluète que je vous recommande !

Véronika MABARDI et Alexandra DUPREZ, Les Cerfs, Esperluète, 2014

Comme dans Nos mémoires apprivoisées, encore une belle histoire de rencontre, de résilience que j’ai le plaisir de partager avec ma complice Mina (qui a une explication intéressante au « silence » d’Annie à la fin).

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