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Extrait de la préface rédigée par Pascal Blondiau :

« Flâneuse et glaneuse, celle qui avait déjà croqué « Le Mokafé » si élégamment compose ici pour nous de petits tableaux cubistes qui viennent d’en-deçà du regard. Avec la même matière que nous avions sous les yeux, et que nous avons négligée. Comme nous négligeons les coquillages imparfaits dont d’autres font des bijoux. L’inconnu que nous avons croisé cet hiver sur la digue, accent marqué, bonnet de guingois, il est là. Je l’avais vu et oublié. L’enfant de l’été, attendrissant et insupportable, qui a reçu une plage entière de sable dans l’œil et réclamera consolation, il est là. Le petit couple tactile qui partage une tasse de café, il est là. Et l’ami disparu, de quelque saison qu’il fût, qui passe ses doigts de vent dans nos cheveux, il est là aussi. Tout ce que nous avons vu et déjà oublié est dans ces pages. Sans romantisme, sans nostalgie, sans interprétation. Entre deux laisses de mer, Christiane Levêque murmure une gymnopédie inspirée, qui semble s’épuiser au bout de l’estacade, mais qu’une malle en partance reprend, en attendant de rattraper un petit carton bleu signé Flore. »

Christiane Lévêque nous propose à nouveau des instantanés tirés de son observation fine et tendre, parfois un brin surréaliste (mais j’ai conscience que cet adjectif devient vraiment trop cliché par les temps qui courent), toujours attentive à ce que l’on voit peu ou pas bien, aux petits détails qui font la vie d’Ostende : la plage, la digue de mer, les cafés et restos, où se côtoient retraités des colonies, jeunes amoureux, chiens, petites filles ou touristes européens (entre autres). Les figures et traditions d’Ostende, Constant Permeke, James Ensor, le Bal du Rat mort, sont présentes aussi.

Les textes courts, la prose poétique de Christiane Lévêque, ciselée avec simplicité, me plaît toujours autant, comme dans Le Mokafé. Ses observations touchent à toutes les saisons, le charme de la ville se pare de différentes teintes, la tendresse et la nostalgie tressent des images conjointes.

C’est toujours Garène qui accompagne de ses délicates aquarelles les flâneries de Christiane Lévêque. Joli contrepoint aux textes dont les gris s’accordent très bien au climat changeant de notre côte belge !

Petit florilège varié et totalement subjectif :

 « Les pans du ciel claquent au vent, battent contre un mur d’acier trempé. Les rentrer dans l’horizon. Tout s’apaise sur la plage. Ne s’attarde que la grisaille. » (p. 16)

« Café Botteltje. Le vieil homme caresse la main de sa compagne. Sous la table, de deux doigts, l’index et le majeur. Comme s’il fallait, le temps de cette pause, veiller à l’économie, à la discrétion, loin du regard inquisiteur de la jeunesse. » (p. 21)

« Laisse de haute mer. Laisse de basse mer. Les ondulations tiennent d’une marée à l’autre. Traces vives du courant, du flux et du reflux sur le sable mouillé qui imprime les pas. Flasques, les méduses s’y cramponnent. » (p. 28)

« Tu aimais Ostende, Ensor et ses coquillages. Ta blondeur ruisselle sur la plage, inonde mon cahier de lumière, de douceur. De là-haut, descends, passe ton âme dans mes cheveux… Comme un souffle, qu’elle entre dans la ronde des mouettes rieuses, le temps d’un accord… Arpège de sel, d’eau et de sable mêlés. » (p. 38)

« Chaque matin, il lit le même journal, en terrasse ou pas, selon le temps qu’il fait. « De Morgen », pour tout dire. Il attribue à chaque article une étoile, deux étoiles ou trois étoiles. Selon. Mais il s’agit d’étoiles de mer. » (p. 57)

Christiane LEVEQUE, Ostende, illustrations de Garène, Collection Pleine Lune, Les Carnets des Desserts de Lune, 2015

Le site de Garène

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