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Quatrième de couverture :

La guerre n’a pas été tendre avec les Loizeau. Émile, le fils aîné tué dès les premiers jours dans l’explosion du fort de Loncin ; Désiré, le père, déporté en Allemagne ; la mémé a décidé de ne plus rien faire… En ce printemps 1918, Julien, le fils cadet, d’un naturel rêveur, fait de son mieux pour aider sa mère à la ferme, alors qu’on n’imagine pas que le conflit va bientôt prendre fin.
Dans cette atmosphère tendue, Franz, un jeune déserteur allemand, se réfugie dans la grange des Loizeau.
Une attirance puissante et trouble va naître entre Julien et cet homme traqué…

Né en 1993 à Dinant, Aurélien Dony, après un régendat littéraire-morale, est étudiant à la section Arts dramatiques du Conservatoire de Bruxelles. Il a publié jusqu’ici deux recueils de poèmes dont Puisque l’aube est défaite (Prix Georges Lockem) aux éditions M.E.O. Il participe également, en tant qu’auteur et chanteur, au projet musical ECHO.

Né en 1939 à Saint-Mard, longtemps  enseignant, Claude Raucy, romancier, nouvelliste, auteur pour la jeunesse, poète et essayiste a publié plus de 70 livres et obtenu plusieurs prix littéraires.

Deux auteurs de générations très différentes conjuguent leur talent pour nous conter avec pudeur l’histoire d’une rencontre aussi improbable qu’émouvante.

A la dernière Foire du livre de Bruxelles, Mina et moi sommes passées chacune séparément au stand des éditions (belges) M.E.O. et avons acquis chacune ce petit roman. Quand nous nous en sommes rendu compte, nous avons décidé d’en faire une lecture commune de ce mois belge. Mina vous présentera par ailleurs d’autres ouvrages de M.E.O. cette semaine.

Première guerre mondiale, une ferme des Ardennes, une approche de l’homosexualité, il n’en fallait pas plus pour m’attirer. Au final, je sors mitigée de cette courte lecture (96 pages). Le point de départ est sympathique : un déserteur allemand se réfugie, à l’été 1918, au temps des cerises, dans une ferme dont tous les hommes sauf un ont été « moissonnés » par la guerre : Emile est mort enseveli sous les décombres du fort de Loncin, dès les premiers jours de la guerre ; son père a été réquisitionné pour le travail obligatoire en Allemagne. Sans nouvelles de lui, sa mère Elvire, a décidé de ne plus rien faire, sa femme Marie et son fils cadet Julien, réformé pour un pied mal formé, s’occupent de la ferme tant bien que mal. Julien est un rêveur forcément mal assorti aux contraintes que la guerre a imposées à sa famille, il préfère la compagnie des oiseaux, et d’un héron en particulier, à celle des vaches à traire. L’irruption de Franz, le soldat déserteur, va faire vaciller son monde innocent.

L’histoire est racontée simplement, avec naïveté, la campagne et la guerre sont décrites avec des images bucoliques (un peu trop travaillées voire téléphonées, de mon point de vue, par rapport à la simplicité de l’histoire). Le personnage qui m’a paru le plus intéressant et attachant est celui d’Elvire, la grand-mère, Julien, le héros, paraît un peu insipide à côté d’elle. Quant à la thématique de l’homosexualité, elle aurait pu être travaillée de façon bien plus dramatique : Julien découvre avec effarement cette forme de sexualité, la désertion de Franz « compliquée » de cette relation naissante devra bien trouver une suite, une solution mais la fin nous propose une résolution qui ferme tous les possibles, et c’est frustrant.

Pour ce qui est de l’écriture à quatre mains, je n’ai décelé aucune rupture de style, la seule chose qui m’a un peu dérangée est la confusion possible sur la place réelle de Désiré et Emile dans la famille. Entre un écrivain accompli et un jeune auteur, je ne sais si le procédé apporte réellement quelque chose au point de départ romanesque.

« Dans l’obscurité, Julien avait du mal à  voir qui pouvait être cet homme.
– Qui êtes-vous ? demanda-t-il.
On lui répondit par une sorte de grognement. Alors, Julien s’approcha et ce qu’il vit le laissa sans voix. L’homme était habillé d’un uniforme allemand. Il se tenait raide comme un piquet et ses lèvres esquissaient une sorte de sourire. Julien eut peur. Il osa quand même :
– Vous êtes soldat ? Allemand ?
– Oui. Je suis Allemand. Parti, parti du train.
L’homme parlait français. Mal, avec un accent lourd comme la glaise, mais il parlait. Julien comprit : sûrement un déserteur ! On en avait déjà parlé dans la région. On racontait que les fiers héros du début de la guerre avaient fait place à des hommes découragés, épuisés, qui ne croyaient plus à la victoire.
Des déserteurs, plusieurs disaient en avoir aperçu. On racontait qu’un fermier en avait abattu deux, à l’orée du bois des Loges. Mais était-ce vrai ? On racontait tant de choses !
– Toi déserteur ? demanda Julien.
– Guerre très mauvais. Guerre fini bientôt.
L’homme hochait la tête.
Que faire ? Appeler la mère ? Crier ? Frapper ? Dans les yeux, on lisait une infinie détresse.
Julien parla très vite.
– Si on te trouve ici, on va t’arrêter. Et m’arrêter aussi, nous fusiller sûrement. Tu dois partir.
L’homme hochait la tête.
Il s’approchait de Julien, qui crut qu’il allait le frapper. Mais non, l’Allemand tendait la main. Cette main tendue, que Julien prit dans la sienne, scellait une sorte de pacte.
Un animal blessé qu’il fallait protéger des chasseurs. Un héron perdu qu’il fallait abriter. » (p. 20-21)

Aurélien DONY et Claude RAUCY, Le temps des noyaux, Editions M.E.O., 2016

Une lecture partagée avec Mina

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Et oiur une fois, une participation au défi d’Angselphie « Un mois, une illustration » dont la contrainte de ce mois était « Une couverture avec une dominante de gris ».

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