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Présentation de l’éditeur

« Le vieux chiant », c’est comme ça que Roméo appelle son grand-père. Alors, quand il apprend qu’il va devoir passer quelques jours avec lui à Charleroi… c’est une certaine idée de l’enfer pour le gamin de 11 ans. Pourtant, cette semaine s’avérera surprenante à bien des égards. Peut-être grâce à Lucie, la petite voisine, qui parlera de son « nono » à elle et qui lui fera découvrir la beauté des terrils, peut-être grâce à son papa qui, pour la première fois, évoquera son enfance, certainement grâce à Ottavio qui derrière ses airs de vieux bougon cache une vie faite de renoncements et de souffrances. Une vie qu’un gamin d’aujourd’hui ne peut imaginer. C’était une simple semaine de vacances, ce sera l’occasion de lever le silence qui pèse sur des hommes de trois générations.

Un récit humain et touchant qui nous parle de l’immigration italienne, du travail des mineurs, de transmission et du difficile accouchement de la parole quand, une vie durant, on a été habitué à se taire.

Pour une fois, je commence par vous montrer la première planche pleine page de cette BD : comment ne pas être mis en appétit tout de suite par ces couleurs si vivantes et ce trait réaliste et riche de détails ? C’est bien simple, j’ai été séduite dès le début. J’ai découvert cette BD grâce à mon quotidien, qui y a consacré une page, je n’avais pas compris qu’elle a été conçue pour un public jeune, mais franchement tout le monde peut y trouver son compte.

Je crois que beaucoup de gens connaissent dans leur entourage quelqu’un en lien avec l’immigration italienne en Belgique, fils ou fille de, né ou non en Belgique. J’en ai connu, qui habitaient Jemappes, là où vivait aussi notre Salvatore Adamo national, qui signe la préface. Le scénariste Vincent Zabus a voulu rendre hommage au père d’une amie à travers le personnage d’Ottavio. Son scénario a connu de multiples avatars (on peut même dire plusieurs vies) avant d’aboutir à cette BD.

Le jeune Romeo vit comme une punition de devoir passer quelques jours de vacances chez son grand-père, qu’il connaît à peine, mais grâce à sa jeune voisine et avec un peu de patience,il permet au vieil homme malade et fatigué d’exprimer ses secrets, ses regrets. Son père l’aidera aussi à percer les mystères de celui que Romeo finira par appeler « Nonno » (qui, soit dit en passant, élève des cochons et les appelle tous Mussolini…). Trois hommes, trois générations masculines, une histoire de transmission, de paroles enfouies, de dur labeur, de séparations. Une Histoire où la Belgique avait fait miroiter aux Italiens miséreux de l’après-guerre, sur des affiches roses, du travail, des logements, une vie digne d’un pays de Cocagne. Quand ils arrivaient, dans le Borinage ou dans le Pays noir, ils étaient noyés dans le noir de suie et logés dans des baraquements de fortune, bien souvent pas si bien accueillis que ça, ils se faisaient traiter de « Macaroni ! » par les Belges (ce à quoi les petits Italiens répliquaient d’un « Patate frites ! » bien senti…).

Impossible de ne pas penser au film de Paul Meyer Déjà s’envole la fleur maigre et au témoignage de Véronique Gallo dans Tout ce silence. Beaucoup d’Italiens venus en Belgique dans les années 1950 n’ont cessé de rêver au retour au pays natal, dans une Italie rêvée qui ne correspond sûrement plus à la réalité depuis longtemps…

Pour revenir au dessin de Thomas Campi (faut-il le préciser, Italien d’origine, bien sûr), je l’ai aimé du début à la fin dans ses couleurs, dans le rendu des détails de ces petites maisons de briques et des jardins en longueur typiques des quartiers ouvriers, dans les portraits d’Ottavio, ce vieil homme revêche rongé par la silicose et les regrets. Regrets qui prennent vie sur la page, en surimpression floutée aux tons de fumée et de charbon (comme sur la couverture). Outre la charge émotionnelle qu’il véhicule, j’ai trouvé ce procédé très beau.

A noter aussi que le dessin respire dans une mise en page aérée : le découpage classique ne propose pas plus de six cases par page (parfois sept) et des illustrations pleine page viennent régulièrement faire respirer le scénario et créer des ambiances, des émotions qui relancent la lecture.

C’est une vraie réussite !

Thomas CAMPI (dessin) et Vincent ZABUS (scénario), Macaroni !, Dupuis, 2016

En août 2016 on commémorera les 60 ans de la catastrophe du Bois du Cazier à Marcinelle (que visitent Romeo et Lucie), je vous en reparlerai sûrement avec un roman graphique.

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Après mes deux colocs, voici mon bilet

pour ce rendez-vous BD.

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