– Back up – Paul Colize

– Folio Policier –

 

Quel rapport entre la mort en 1967 des musiciens du groupe de rock Pearl Harbor et un SDF renversé par une voiture à Bruxelles en 2010 ? Lorsque l’homme se réveille sur un lit d’hôpital, il est victime du Locked-in Syndrome, incapable de bouger et de communiquer. Pour comprendre ce qui lui est arrivé, il tente de reconstituer le puzzle de sa vie. Des caves enfumées de Paris, Londres et Berlin, où se croisent les Beatles, les Stones, Clapton et les Who, à l’enfer du Vietnam, il se souvient de l’effervescence et de la folie des années 1960, quand tout a commencé…

 

Alors que mon choix était déjà arrêté sur ce roman Back up, j’ai lu pour la première fois Paul Colize avec sa nouvelle Une fraction de seconde dans le recueil Bruxelles Noir (dirigé par Michel Dufranne aux éditions Asphalte). Bien que cette nouvelle ne fasse pas partie de mes favorites de cette anthologie, par son sujet juridique, le récit se situant au Palais de Justice, j’y avais apprécié la précision de sa plume tant pour les faits que pour les descriptions et les portraits, le ton vif aussi.

J’ai retrouvé toutes ces qualités dans ce roman documenté, et ce sur tous les aspects qu’il aborde. La quatrième de couverture présente clairement le contexte. A partir de ce contexte, Paul Colize signe un roman noir habile, plutôt qu’un polar, tirant plusieurs fils, sans forcer, sans à coup, permettant à l’intrigue de donner à chaque page un peu plus d’épaisseur à ses personnages, réels ou fictifs, de raconter le rock dès son origine et son évolution ; de raconter cette jeunesse prise dans le tourbillon de ces années de LSD et de napalm, ces années de guerre froide, de révolutions sociales et culturelles – sans que le narrateur soit engagé, sa vie, c’est cette musique, quand elle est pure et dure -. En suivant le parcours du narrateur, jeune batteur bruxellois en cavale à la fin des années 60 jusqu’à cette clinique en 2010, c’est une Histoire de l’Europe que nous traversons, et c’est l’histoire du rock’n’roll et d’une génération aux espoirs trahis.

« Ils parlaient de politique, de littérature, de musique. Ils débattaient de la nature humaine et de Dieu. Le spectre de la guerre était omniprésent. Les Américains parlaient de celle du Vietnam, que leurs jeunes vivaient de plein fouet. Les Français parlaient des guerres passées, l’Indochine et l’Algérie. Elles semblaient avoir laissé des plaies ouvertes dans leur mémoire. Tous parlaient de la future guerre, celle qui allait anéantir la Terre. […] Une chose était sûre, que le sujet soit la politique, le sexe ou la drogue, tout passait par le rock’n’roll. »

Ce roman n’est pas haletant, il ne s’agit pas d’un thriller, il est rythmé, rythmé par trois narrations parallèles qui ne se télescopent pas, par les chapitres courts qui avancent au même tempo soutenu. Les trois fils de l’intrigue, ce sont l’enquête menée par un journaliste sur les morts successives en quelques heures des quatre musiciens de ce groupe rock sans notoriété, le suivi médical de cet homme nommé X-Midi en syndrome Locked-in et les démarches pour communiquer avec lui alors qu’il retrouve la conscience et la mémoire ainsi que sa volonté de demeurer anonyme puis la relation qui se développe, sans mot, avec son kinésithérapeute, et enfin et surtout les souvenirs de X-Midi où se situe le nœud de l’intrigue et celui du dénouement, ce retour après tant d’années à Bruxelles. 1967 – 2010, que s’est-il passé dans son histoire dans l’Histoire pour qu’il refuse d’être identifié ?

Malgré l’épilogue au goût amer de défaite, je me suis régalée avec ce roman aux éclats psyché, des riffs déchirés et déchirants des guitares électriques plein les oreilles ; ce roman dont la première page propose une play-list ( par ordre d’apparition ), dont les citations d’ouverture sont de John Lennon et de Keith Richards, dont la dédicace est simplement magnifique :

« A ma mère, qui savait si bien danser le rock’n’roll »

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