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Quatrième de couverture :

Françoise Houdart se livre ici, dans son quinzième roman, au délicat travail d’exploration des profonds chemins de l’âme et de l’inspiration d’un artiste, dont la modestie naturelle, l’authenticité et l’attachement fidèle qu’il témoignait au lieu où il vécut ne peuvent préjuger de l’élévation de la vision qu’il avait et professait de son art.
Un petit maître oublié de la peinture du XXe siècle retrouve vie et grandeur sous la plume d’une romancière: le peintre et graveur hennuyer Victor Regnart (1886-1964).

Françoise Houdart s’est intéressée au peintre Victor Regnart, peintre et graveur à tout le moins méconnu, qui a vécu toute sa vie à Elouges, dans le Hainaut.  Profondément attaché à sa mère, Victor quitte le cocon familial  pour épouser sa cousine germaine, Marie, dix ans plus jeune que lui. D’un naturel discret, il n’a guère quitté son village ; il devint professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Mons pour s’assurer un revenu stable, même s’il a connu un certain succès grâce à son travail artistique. D’une classe sociale relativement aisée, il n’a jamais cessé d’observer avec attention ses contemporains, pour la plupart mineurs de fond, petites gens, ouvriers, habitants des courettes qu’il a constamment peintes (même si on ne peut le réduire à cela), buveurs de bière qui allaient oublier dans les estaminets la pénibilité de leur travail et la misère de leur foyer.

Mais il y a aussi des oeuvres dont la genèse est peu voire quasiment pas connue, comme L’Escappé ou les illustrations pour le roman de Radiguet, Le bal du comte d’Orgel (un livre que j’ai dû lire en secondaire, cela m’a rappelé de bons souvenirs). Aussi Françoise Houdart a-t-elle mené des recherches approfondies auprès de parents, de voisins (et leurs descendants), de collègues de Regnart avant de raconter son histoire. Au fait, elle n’écrit pas le roman d’une vie, elle donne la parole à plusieurs personnes (ou personnages quand elle comble les blancs du texte), ou elle procède par petites touches, pour le dire en langage pictural, elle joue sur les retours en arrière, les divers témoignages pour dresser le portrait subtil d’un homme, d’un artiste secret qui valait bien la peine d’être mis en lumière par l’écrivain.

Victor Regnart ne sera pas mis à nu par Françoise Houdart, pour reprendre aussi un genre de tableau, elle lui laisse bien évidemment son mystère, elle continue peut-être à se perdre en ses tableaux, tout comme l’homme aimait se perdre dans les profonds chemins de son village, à la limite du Borinage et des Hauts-Pays. Profonds chemins d’une vie, d’une inspiration, d’une humanité que la romancière a su restituer avec finesse et élégance.

Une belle rencontre entre deux artistes. Une belle rencontre avec ce livre.

La première page :

« Il est des cieux vivants, des cieux habités d’âmes brillantes qui célèbrent à l’infini le mystère de l’univers. Les fresques fabuleuses qu’elles déploient composent aux nuits de ce monde le décor intemporel de l’histoire des hommes. Ici-bas, le théâtre de la vie se joue en continu, au corps à corps : l’incessante transmission du rôle d’exister sans que jamais le rideau ne tombe. Innombrables sont les acteurs appelés à se succéder, mais le rôle – unique pour chaque être – reste inchangé. Il s’agit de naître, vivre et mourir sous le même ciel étoilé. L’âme, encore tout imprégnée du souffle recueilli aux lèvres devenues pierre, largue la fragile amarre, s’éloigne et se perd dans les profonds chemins des constellations.
Est-ce à cela que pense Andréa en cette calme nuit du 9 novembre 1964 ? Il est un peu plus de vingt-trois heures. Rien ne trouble l’eau sombre du silence si ce n’est l’imperceptible miroitement des étoiles.
Il fait un peu froid ce soir. Andréa a jeté un châle de laine sur ses épaules avant de refermer sans bruit la porte de sa maison et de se laisser glisser sur la pierre du seuil.
Quelque chose est arrivé ce soir et le ciel s’en émeut. La mort d’une seule étoile parmi des milliards d’autres peut-elle ainsi bouleverser l’ordre de l’univers ? La mort d’un seul homme parmi des milliards d’autres peut-elle changer celui du monde ?
Andréa ne le sait pas. Ni si là-haut une étoile est morte dont la lumière pourtant ne cessera de briller encore longtemps. Ce qu’elle sait, c’est qu’ici, dans sa petite maison, un peintre est mort cette nuit.
Et qu’il s’appelait Regnart. »

Françoise HOUDART, Les profonds chemins, Editions Luce Wilquin, 2013

L’avis de Mina sur ce livre – Je partage avec elle une dernière lecture commune autour de Françoise Houdart, vous découvrirez chez elle son dernier roman paru, Retour à Domme.

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