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Quatrième de couverture :

Lorsque‚ ce jour–là‚ Denise Desantis entre dans un magasin‚ elle est pressée et elle laisse son dernier–né dans la poussette‚ devant la porte. Lorsqu’elle ressort‚ la poussette est vide. Tout prouve son innocence. C’est une femme sans histoires. Et pourtant…

Dans ma série de lectures pour l’école, je poursuis avec un de mes auteurs belges préférés, Armel Job.

Si, dans Effroyables jardins, il était question d’amour filial envers le père, ici c’est l’amour maternel qui est au centre du roman. Un amour maternel défaillant ? trop fort ? trop instinctif ? Il est en tout cas passé à la loupe, poussé à la faute, retranché dans ses dernières limites au fur et à mesure que les défenses de Denise tombent au fil des révélations de l’enquête menées par le juge Conrad et les inspecteurs Harzee et Verzuik. Il est évidemment jugé par tous ces acteurs mais aussi par tous les témoins du drame.

Oui, mais ce visage si évident de la mère et de toute la famille du petit David disparu est-il aussi lisse qu’il y paraît ? Et les enquêteurs sont-ils absolument impartiaux ? Quels sont les éléments qui guident plus ou moins consciemment notre jugement ? A toutes ces questions, Armel Job tente de répondre en dressant habilement une toile qui se resserre petit à petit, en passant successivement en revue les points de vue de tous les personnages, y compris les frère et soeur du petit disparu (dont il garde la maîtrise, ce n’est pas un roman polyphonique) et en proposant avec intelligence un contrepoint à l’histoire de l’héroïne, Denise Desantis : face à elle, le juge a lui aussi une mère, dont les secrets se révèlent à l’approche de la mort.

C’est du grand Armel Job, dans l’étude psychologique, dans l’ancrage de ce « fait divers » dans une petite communauté du côté de Liège et dans les multiples références : « l’affaire de la poussette vide » s’est bien passée dans les années 1960 et on ne peut s’empêcher de penser à l’affaire Dutroux, citée par l’auteur, le mélange des deux donne d’ailleurs lieu à un cocktail romanesque un peu étrange, un rien anachronique, mais qui donne d’autant plus de véracité à l’étude de la femme et de la mère. Jusqu’à une fin qui remet en question toutes les certitudes acquises au cours de la lecture. Et toujours la plume élégante et quelques pointes de l’humour très subtil d’Armel Job… Du grand art.

Oui, au bout du compte, qui sommes-nous pour juger ?

« Face au flair de Zouk, Railleux pouvait exciper non seulement de six molaires colmatées, mais également d’une petite chienne d’appartement en chaleur. » (p. 24)

« Elle est passée dans la cuisine sans plus attendre. Il a bien été forcé de suivre l’étoffe rouge. Là, une odeur de friture à l’huile d’olive l’a attrapé par les naseaux et l’a obligé à s’asseoir. Il n’avait pas les coudes sur la nappe qu’un verre de marsala se posait au creux de sa main. Et, tandis qu’il avalait la première gorgée, des scampis croustillants sont accourus dans son assiette, implorant un coup de fourchette. Il a baissé les bras. » (p. 206-207)

Armel JOB, Tu ne jugeras point, Mijade, 2011 (1è édition chez Robert Laffont, 2009)

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