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Ils étaient près de trois cents
à mille mètres de profondeur,
dans les bouveaux de la douleur.

Trois cents.  Trois cents.

Trois cents de notre sang.
Trois cents de notre chair.

Près de trois cents dessous la terre
à se taire de stupeur,
à hurler par nos poings.

Trois cents.  Trois cents.

Trois cents de notre sang.
Trois cents de notre chair
à saigner par nos mains
dans l’enfer de Charleroi.

Le ciel était plus noir
qu’une fumée de deuil.
On entendait pleurer la terre
du côté de Marcinelle.

Trois cents.  Trois cents
Puis des milliers.

Au pied du « Bois du Casier »
comme au pied du Golgotha.

On parlait plus bas que les mots.

On parlait plus bas que les morts
derrière les grilles du désespoir,
le coeur plus noir que le soir.

Ils étaient près de trois cents
à mille mètres de profondeur,
dans la fournaise de l’horreur.

Trois cents.  Trois cents.

Trois cents de notre sang.
Trois cents de notre chair.
Hommes venus d’exil,
au visage d’Italie.

Hommes venus d’ici,
au regard d’avril.

Hommes de partout,
aux yeux cernés d’usure.

Hommes aux veines de charbon
incrustées sous la peau.

Hommes à la gueule noire,
à la voix rocailleuse.

Hommes au sourire d’enfant.
Hommes aux mains de soleil.

Je les entends marcher
dans l’épaisseur du temps.

Un père, un frère,
un mari, un enfant.

Trois cents.  Trois cents.

Et c’est plus fort que tout
si je suis à genoux
dans le grisou des jours,
à écouter leur cœur
battre encore le tambour
sur la terre tendue à craquer.

La terre qu’ils ont aimée
jusqu’à la mort.

Personne n’a oublié
personne n’oubliera.

Ceux qui sont morts en bas,
sur le front du brasier.

Les cris de désespoir
n’ont laissé qu’un trou noir
dans les poitrines vides,
devant la mort rapide.

Le ciel était couleur de cendre
et le jour bien près de se fendre.
On entendait pleurer la terre
dans les corons et les ruelles.

On entendait pleurer la terre
du côté de Marcinelle.

Ils étaient près de trois cents
à mille mètres de profondeur.

Trois cents de notre sang.
Trois cents de notre chair.
Trois cents.  Trois cents…

Jacques VIESVIL

Le 8 août 1956, 262 mineurs mouraient dans l’incendie du  Bois du Cazier, à Marcinelle. Parmi eux, des dizaines de travailleurs immigrés, dont de très nombreux Italiens, mais aussi des Flamands. C’est la plus grande catastrophe minière qu’ait connue la Belgique, elle est devenue le symbole de la dureté et du danger du travail dans les mines. Je présenterai demain un roman graphique sur le sujet.

 

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