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Le promeneur d'Alep

Quatrième de couverture :

Le Promeneur d’Alep est le témoignage poétique et étourdissant d’un écrivain plongé dans la guerre. La voix de Niroz Malek nous parvient à travers les déflagrations et les rafales d’armes automatiques.

Pourtant elle nous parle de choses simples, d’amis qui se retrouvent dans un café, de cœurs gravés dans les arbres, de promenades dans cette ancienne cité fabuleuse sur la Route de la Soie.

Et du chaos qui guette derrière chaque bruit venu du ciel, devant chaque barrage hérissé de sentinelles.

Issu de la communauté yézidie, Niroz Malek est syrien, de parents kurdes. Il vit à Alep, sous les bombes.

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Après L’arbre du pays Toraja, c’est l’actualité de plus en plus désespérée d’Alep vue à la télé en ce mois de juillet qui m’a poussée à ouvrir ce livre, qui a comme le premier cité des rapports constants avec la mort.

En cinquante-cinq textes courts, Niroz Malek raconte le quotidien d’une ville assiégée, livrée aux factions, aux caprices des snipers et des soldats aux barrages, une ville où on ne peut faire quelques pas sans tomber sur une rue barrée, où l’électricité est régulièrement coupée, où les bruits de bombes et les tirs de balles font partie du décor sonore.

Mais ce récit, qui a une valeur de témoignage et est un gage d’attachement à une cité que l’auteur ne peut quitter comme tant d’autres exilés, ces textes ne sont pas écrits de manière journalistique : le titre du recueil oriente le style. Il s’agit le plus souvent de promenades réelles ou rêvées où les souvenirs, les émotions, les regards et les rencontres prennent le pas sur l’horreur des ruines et des morts. Une dimension fantastique se glisse également dans ces pages : le stylo de l’écrivain devient un double animé qui exprime les doutes de l’homme sur les raisons de rester, les morts se relèvent et vivent une vie parallèle dans les rues démolies, les cauchemars conduisent dans les bureaux de la police pour une séance de torture surréaliste. C’est en lisant ces textes tantôt hallucinés, tantôt déchirants de nostalgie que l’on mesure la puissance de l’écriture, le lien viscéral qui unit un écrivain à son univers quotidien, on saisit le paradoxe, la confrontation entre l’acte de création et la barbarie (suggérée) de la réalité.

« — Comment pourrais-je quitter ma maison, m’éloigner de mon bureau ? ai-je dit.
— Et tout cela pour quoi, ? ai-je dit après avoir avalé ma salive. Est-ce pour sauver uniquement mon corps ? Tu sais que derrière moi, dans ce bureau, ce ne sont pas des livres, des bibelots et des photographies que je laisserais, mais mon âme.
— Le corps pourrait-il survivre sans âme ? ai-je poursuivi. C’est pour cela que je ne partirai pas de chez moi, car il n’y a pas de valise assez grande pour contenir mon âme. » (p. 11)

Merci à Marilyne de m’avoir fait découvrir ce livre qu’elle a présenté ici même (avec lien vers le billet de Moglug) en février 2016.

Niroz MALEK, Le promeneur d’Alep, traduit de l’arabe (Syrie) par Fawaz Hussain, Le Serpent à plumes, 2015

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